21 octobre 2009
Ségolène Royal vous invite
"Souffrance au travail, salariés bridés, chômage explosif :
les salariès peuvent-ils encore croire en la valeur travail ?"
Le mercredi 28 octobre 2009
à 18h30
A la mairie du 4e arrondissement
2, place Baudoyer - 75004 Paris
Chères amies, chers amis,
Drame des suicides à France Telecom, au Technocentre Renault de Guyancourt ou chez les éleveurs de la filière lait ; records d'accidents du travail (2000 chaque jour en France) ; intensification des tâches ; extension sans limite de l'intérim contraint et des contrats à durée déterminée ; précarisation des jeunes, des femmes, des salariés de plus de 50 ans et maintenant de tous ceux qui pensaient bénéficier d'une salutaire stabilité ; angoisse du chômage de longue durée ; stagnation des salaires pour 90% des salariés (+ 4 % entre 1998 et 2006) et hausses parfois vertigineuses pour une minorité d'hyper-privilégiés. La question est plus que jamais à l'ordre du jour : les salariés peuvent-ils encore croire à la valeur travail ?
Soyons-en sûr : au-delà de l'amnésie volontairement entretenue par ceux qui y ont intérêt, la crise financière, économique, sociale que nous endurons est peut-être d'abord une crise du travail. Lorsque la pression des actionnaires impose aux entreprises des contraintes de rentabilité toujours plus fortes, lorsque des millions de familles n'arrivent plus à vivre des efforts qu'elles consentent au travail, lorsque les marchés domestiques ne sont plus alimentés que par le surendettement de salariés mal-payés, l'explosion est une question de temps.
Notre université sera l'occasion de sonder les raisons profondes du mal-être et de la souffrance que les travailleurs vivent aujourd'hui au quotidien. Mais aussi de réfléchir aux moyens de faire mieux et autrement. Des chefs d'entreprise seront présents et réaffirmeront la profonde proximité qui existe entre performance durable de l'entreprise, bonne rémunération des salariés et développement de conditions de travail harmonieuses Elle sera précédée par la projection d'un extrait du film « J'ai très mal au travail », de Jean-Michel Carré.
Vous êtes toujours plus nombreux à participer à nos universités populaires participatives et je tiens à vous en remercier chaleureusement. Ce succès, c'est d'abord le vôtre.
PROGRAMME
Ouverture par Ségolène Royal
Interventions de :
Michel Gollac, sociologue du travail, Centre de recherche en économie et statistique (CREST)
Ivan du Roy, journaliste, auteur de « Orange stressé »
Paul Moreira, journaliste, auteur de « Travailler à en mourir »
Yves Perrot, chef d'entreprise, Président du Centre des jeunes dirigeants Paris
Et de responsables syndicaux
Clôture par Gaétan Gorce, Député de la Nièvre, Maire de la Charité-sur-Loire
24 septembre 2009
Les fausses évidences de la réforme territoriale, par Claudy Lebreton
Toulon, 25 septembre 2008. Le président de la République annonce que "le moment est venu de poser la question des échelons de collectivités locales dont le nombre et l'enchevêtrement des compétences est une source d'inefficacité et de dépenses supplémentaires". Un an plus tard, à force de l'asséner, le message fait office de dogme. Le président a focalisé l'attention de nos concitoyens sur une image de l'organisation territoriale qui se décline en superlatifs : "trop d'échelons", "trop d'élus", "trop d'indemnités", "trop de dépenses somptuaires", etc. En la matière, le président de la République n'en est pas à son coup d'essai. Il est un expert en communication politique. Mais le sens de la formule ne fait pas une réforme.
Combien d'élus en France ? Un président de la République et 39 ministres, 998 parlementaires, 1 880 conseillers régionaux, 4 220 conseillers généraux et 36 838 maires, auxquels il faut ajouter environ 492 000 conseillers municipaux. Or la réforme territoriale - et notamment l'emblématique création des conseillers territoriaux - ne vise que les départements et les régions. Elle exclut de son champ d'application la Corse et l'Outre-mer. Au final, cette réforme ne concerne que 1 % des élus. Cherchez l'erreur...
Dans ces conditions, de quelles économies d'échelle parle-t-on ? Parmi les idées reçues dont le gouvernement nous rebat les oreilles depuis des mois, il y en a deux au moins que je veux combattre.
Première idée reçue : "Les élus coûtent cher." Sur les 536 000 fonctions électives, 410 000 correspondent à des mandats de conseillers municipaux dans des communes de moins de 2 500 habitants et 110 000 dans des communes de 2 500 à 100 000 habitants. Donc 520 000 élus exercent dans des communes où ne sont indemnisés que les maires et les adjoints.
Restent 15 000 élus, dans les communes de plus de 100 000 habitants, les conseillers généraux et régionaux et les parlementaires.
Un maire-adjoint dans une ville de plus de 100 000 habitants ne peut prétendre percevoir qu'une indemnité nette d'environ 2 000 euros par mois. L'indemnité d'un conseiller général ou régional, elle, oscille entre 1 200 et 4 000 euros, avec un plafond de 5 500 euros pour les présidents. En réalité, 90 % des élus sont bénévoles. Pour ma part, les indemnités que je perçois comme président du conseil général des Côtes-d'Armor se montent à 4 500 euros. Demain, quelle indemnité pour le conseiller territorial ? Faudra-t-il "payer" ce nouveau professionnel de la politique, comme un président de la République (20 000 euros par mois), un premier ministre (18 500), un ministre (11 à 12 000), ou un parlementaire (5 500) ?
Je prends le pari que pour faire accepter cette réforme, le gouvernement sera conduit à proposer une revalorisation substantielle des indemnités versées aux élus locaux. Quelles économies alors ?
Deuxième idée reçue : "La confusion des responsabilités conduit à des dérapages financiers supportés par les contribuables." Je l'affirme, les collectivités n'interviennent pas partout, à tout propos, sans cohérence. 90 % des actions engagées par les départements et les régions relèvent de leur champ de compétences propres. La confusion, c'est le gouvernement qui l'entretient depuis des mois. Qui assure la réussite du plan de relance ? Qui investit chaque année près de 50 milliards d'euros (soit 73 % des investissements publics) ? Qui, aujourd'hui, crée de la croissance et de l'emploi sinon les collectivités locales aux côtés des entreprises et de leurs salariés ? Et l'Etat dans tout ça ? Est-il en mesure de faire la leçon aux collectivités locales en matière de finances publiques quand son déficit a doublé en un an ? Si l'endettement des collectivités locales est bien réel, il ne représente pas plus de 11 % de la dette publique de l'Etat, qui s'élève à 1 500 milliards d'euros. De l'Etat ou des collectivités locales, le plus vertueux dans la maîtrise des budgets n'est pas celui qu'on croit...
Pour autant, ne faut-il rien changer ? Non. L'organisation de notre territoire doit être améliorée. Mais la réforme territoriale devra être débattue en toute transparence. Elle devra être acceptée par les citoyens et les élus et reposer sur des principes clairs, loin des idées reçues et des calculs politiciens.
Claudy Lebreton est président du conseil général des Côtes-d'Armor, président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains.
Lettre ouverte au Président Obama contre les paradis fiscaux
A la veille du Sommet de Pittsburgh des 24 et 25 septembre prochains, près d'une centaine de parlementaires nationaux et européens progressistes, issus de pays membres de l'Union Européenne, ont cosigné une lettre ouverte à Barack Obama, rendue publique à Paris, le 22 septembre 2009. Monsieur le Président Obama, Nous, citoyens et députés de plusieurs pays d’Europe et du Parlement Européen, sollicitons votre appui pour que le G20 que vous accueillez à Pittsburgh permette une avancée, cette fois décisive, dans la lutte contre les paradis fiscaux. Le 4 mai dernier, vous avez déclaré que le système fiscal américain est “full of corporate loopholes that makes it perfectly legal for companies to avoid paying their fair share. It's a tax code that makes it all too easy for a number -- a small number of individuals and companies to abuse overseas tax havens to avoid paying any taxes at all”. Ce constat, nous le faisons également dans nos différents pays d’Europe, et souhaitons sans délai y mettre fin. D'une part, pour traquer véritablement les fraudeurs aux revenus aisés qui refusent de participer au financement de la collectivité, il faut que ces territoires soient forcés de passer à un échange automatique d'informations : qu'ils nous informent à chaque fois que l'un de nos ressortissants vient faire des affaires chez eux. Ceux qui le font sur une base légitime n'auront rien à craindre. D'autre part, il faut demander aux grandes entreprises de mettre en place une comptabilité pays par pays (Country by Country Reporting) qui nous permettent de savoir, pour chaque pays d'implantation, quel est le montant des actifs détenus, le chiffre d'affaires effectué, le nombre de personnes employées, les profits réalisés et les impôts payés. Les comportements douteux apparaîtront alors au grand jour. La Belgique, la Corée du Sud, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni appuient cette initiative qui a désormais besoin de votre entier soutien. Monsieur le Président, en 1937, le ministre des Finances des Etats-Unis, Henry Morgenthau, déclarait "les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée, trop de citoyens veulent la civilisation au rabais" (citation originale : "Taxes are what we pay for civilized society. Too many citizens want the civilization at a discount"). Nous comptons sur votre engagement de longue date dans la lutte contre les paradis fiscaux pour que chaque personne, chaque entreprise de nos pays, paie son dû à la civilisation. Pour financer nos plans de relance, assurer à l'économie les financements qui manquent, lutter contre la corruption et les pratiques qui grèvent le développement des pays pauvres et payer les services aux personnes victimes de la crise, il ne doit plus être possible de soustraire à la collectivité, en les dissimulant grâce aux paradis fiscaux, des fonds qui devraient servir au bien commun. Nous comptons beaucoup sur votre politique de pression internationale pour faire céder les résistances que nous combattons depuis si longtemps. Recevez, Monsieur le Président Obama, l'expression de notre très haute considération. Signataires : Eva JOLY - députée européenne Verts ALE, Arnaud MONTEBOURG – député français PS, Pascal CANFIN – député européen Verts ALE, Dr. Lale AKGUN – député allemand SPD, François ALFONSI – député européen français Verts ALE, Luis Paulo ALVES – député européen espagnol PSE, Kader ARIF – député européen français PSE, Rainer ARNOLD – député allemand SPD, Jean-Paul BACQUET – député français PS, Delphine BATHO – députée française PS, Sandrine BELIER – députée européenne française Verts ALE, Malika BENARAB-ATTOU – députée européenne française Verts ALE, Pervenche BERES – députée européenne française PSE, Dr. Axel BERG – député allemand SPD, Thijs BERMAN – député européen néerlandais PSE, Chantal BERTHELOT – députée française apparentée PS, Jacques BERTHOU – sénateur français apparenté PS, Jean-Paul BESSET – député européen français Verts ALE, Patrick BLOCHE – député français PS, Jean- Michel BOUCHERON – député français PS, Alima BOUMEDIENE-THIERY - sénatrice française Vert, Danielle BOUSQUET – députée française PS, José BOVE – député européen français Verts ALE, Jean-Christophe CAMBADELIS – député français PS, Christophe CARESCHE – député français PS, Françoise CASTEX – députée européenne française PSE, Jean-Michel CLEMENT, député français PS, Daniel COHN-BENDIT – député européen français Verts ALE, Michèle DELAUNAY – députée française PS, Karima DELLI – députée européenne française Verts ALE, Christiane DEMONTES - sénatrice française PS, Jean DESESSARD – sénateur français Vert, Harlem DESIR – député européen français PSE, Elvira DROBINSKI-WEISS – députée allemande SPD, Christian ECKERT – député français PS, Martine FAURE – députée française PS, Aurélie FILIPPETTI – députée française PS, Hélène FLAUTRE – députée européenne française Verts ALE, Daniel GARRIGUE – député français non inscrit, Jean GAUBERT – député français PS, Paul GIACOBBI – député français apparenté PS, Sven GIEGOLD – député européen allemand Verts ALE, Daniel GOLDBERG – député français PS, Estelle GRELIER – députée européenne française PSE, Catherine GREZE – députée européenne française Verts ALE, Monika GRIEFAHN – députée allemande SPD, Elisabeth GUIGOU – députée française PS, Sylvie GUILLAUME – députée européenne française PSE, David HABIB – député français PS, Michael HARTMANN – député allemand SPD, Heidi HAUTALA – députée européenne finlandaise Verts ALE, Dr. Reinhold HEMKER – député allemand SPD, Liem HOANG-NGOC - député européen français PSE, Dr. Eva OGL – députée allemande SPD, Klaas HUBNER – député allemand SPD, Yannick JADOT – député européen français Verts ALE, Serge JANQUIN – député français PS, Ramón JAUREGUI ATONDO – député européen espagnol PSE, Marietta KARAMANLI – députée française PS, Ulrich KELBER – député allemand SPD, Franziska KELLER – députée européenne allemande Verts ALE, Nicole KIIL-NIELSEN – députée européenne française Verts ALE, Ute KUMPF – députée allemande SPD, Jérôme LAMBERT – député français PS, Jack LANG – député français PS, Jean LAUNAY – député français PS, Gilbert LE BRIS – député français PS, Stéphane LE FOLL – député européen français PSE, Annick LE LOCH – députée française PS, Catherine LEMORTON – députée française PS, Claudine LEPAGE – sénatrice française PS, Corinne LEPAGE – députée européenne française ADLE, Bernard LESTERLIN – député français PS, Apeleto Albert LIKUVALU – député français apparenté PS, Gabriele LOSEKRUG-MOLLER – députée allemande SPD, Isabella LOVIN – députée européenne suédoise Verts ALE, Noël MAMERE - député français Vert, Jean-René MARSAC - député français PS, Philippe MARTIN – député français PS, Michel MENARD – député français PS, Kléber MESQUIDA – député français PS, Didier MIGAUD – député français PS, Andrea NAHLES – députée allemande SPD, Alain NERI – député français PS, Françoise OLIVIER-COUPEAU – députée française PS, Gilles PARGNEAUX – député européen français PSE, Christian PAUL – député français PS, Vincent PEILLON, député européen français PSE, Johannes PFLUG – député allemand SPD, Mechthild RAWERT – députée allemande SPD, François REBSAMEN – sénateur français PS, Marie-Renée OGET – députée française PS, Steffen REICHE – député allemand SPD, Yvan RENAR - sénateur français membre du groupe Communiste, Républicain, Citoyen et des Sénateurs du Parti de Gauche, Simon RENUCCI – député français apparenté PS, Michèle RIVASI – députée européenne française Verts ALE, Marcel ROGEMONT – député français PS, Raül ROMEVA I RUEDA – député européen espagnol Verts ALE, Heide RUEHLE – député européen allemand Verts ALE, Ortwin RUNDE – député allemand SPD, Marlene RUPPRECHT – députée allemande SPD, Dr. Angelica SCHWALL-DUREN – députée allemande SPD, Christiane TAUBIRA – députée française apparentée PS, Franz THONNES – député allemand SPD, Pascal TIROLIEN – député européen français PSE, Marisol TOURAINE – députée française PS, Philippe TOURTELIER – député français PS, Catherine TRAUTMANN – députée européenne française PSE, Manuel VALLS – député français PS, Bernadette VERGNAUD - députée européenne française PSE, Alain VIDALIES – député français PS, Jean-Michel VILLAUME – député français PS, Henri WEBER – député européen français PSE, Dr. Wolfgang WODARG – député allemand SPD, Richard YUNG - sénateur français PS, Uta ZAPF – députée allemande SPD, Manfred ZOLLMER – député allemand SPD.
21 septembre 2009
Sauvons notre poste
La pétition
La Poste est en danger. La dégradation du service public se poursuit depuis plusieurs années, marquée par le manque de personnels dans les quartiers populaires des villes et la fermeture de bureaux ruraux, ainsi que la transformation du service financier de La Poste en banque postale avec la banalisation du livret A.
Le gouvernement a maintenant l’intention de privatiser La Poste en en faisant une société anonyme dont le capital sera introduit en bourse.
Cette réforme sonnerait le glas du service public postal, c’est-à-dire de l’un des services publics essentiels à l’exercice réel des droits des citoyens, en l’occurrence du droit à la communication. Nous devons l’empêcher, car nous voulons que ce droit fondamental puisse continuer à s’exercer avec des garanties qu’une gestion privée ne peut apporter.
Que demandons-nous concrètement ? De ne pas sacrifier davantage la présence des bureaux de poste dans les zones rurales et les quartiers populaires, partout où l’activité de La Poste ne peut dégager une rentabilité importante. D’améliorer les conditions de distribution du courrier et d’accueil des usagers, et non de les moduler en fonction de l’intérêt financier des zones couvertes. De garantir le prix unique du timbre, de pérenniser la distribution six jours sur sept, supérieure aux obligations européennes. De permettre aux foyers les plus modestes de trouver encore un partenaire bancaire au sein de La Poste, attentif à leur situation.
La privatisation de La Poste ne va pas améliorer la qualité du service rendu, mais au contraire la dégrader et rendre celui-ci beaucoup plus inégalitaire.
Nous nous opposons donc vigoureusement à cette privatisation. Nous demandons que le gouvernement ouvre un grand débat public sur les missions de La Poste et sur l’amélioration du service rendu en réponse aux besoins de la population, ainsi que sur les nouvelles formes de gestion qui permettront de démocratiser les services publics en impliquant davantage les représentants des usagers, des salariés et des élus.
Signons massivement cette pétition pour la sauvegarde de la Poste
NON A LA PRIVATISATION DE LA POSTE : http://laposte.parti-socialiste.fr/la-petition/
10 septembre 2009
"Hold-uPS, arnaques et trahisons" : le livre qui accuse le PS
Durant la nuit du 21 au 22 novembre 2008, un casse aurait eu lieu au Parti socialiste. Non pas à l'intérieur des locaux de la rue de Solférino, mais dans le secret des urnes, au terme de douteuses opérations de comptabilité électorale orchestrées au profit de Martine Aubry dans son fief de la fédération du Nord et, plus particulièrement, dans plusieurs sections de Lille. Ce fric-frac démocratique aurait permis à Mme Aubry de devancer d'un souffle Ségolène Royal.
Hold-uPS, arnaques et trahisons, des journalistes Karim Rissouli et Antonin André, se présente sans fard comme un livre à charge contre Martine Aubry. L'ouvrage s'ouvre sur une tonitruante consigne ("On ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes !"), attribuée à l'un des hommes de confiance lillois de Mme Aubry. Sur le territoire de la fédération du Nord, l'ampleur des irrégularités commises au bénéfice de la maire de Lille atteindrait 1 000 votes. Une évaluation à rapprocher de l'écart final : 120 voix sur un total de 137 116 votants. Les auteurs assurent disposer des documents confirmant leurs affirmations mais indiquent ne pas les avoir publiés "par courtoisie".
Au fil de ces "magouilles qui auraient dû rester cachées, enfouies dans les tiroirs de la fédération du Nord", et dont le détail n'occupe qu'une petite partie du livre, on ne tombe pas vraiment des nues. Les éléments mis en avant avaient déjà créé beaucoup d'émoi dès le lendemain de cette fameuse nuit électorale. Le camp de Ségolène Royal s'était ému des scores "gonflés" de certains procès-verbaux et de brusques rebonds de la participation enregistrés dans certaines sections où la maire de Lille avait enregistré des scores dignes d'une démocratie populaire.
L'élément nouveau contenu dans ce livre est qu'il érige en système l'ensemble des irrégularités constatées. "Des documents permettent aujourd'hui d'affirmer que la victoire de Martine Aubry a été fabriquée de toutes pièces", affirment, sans hésiter, les deux journalistes. Ils expliquent notamment pourquoi les partisans de Mme Aubry ont attendu le dernier moment pour transmettre les résultats de la puissante fédération du Nord. "A mesure que les chiffres tombent, ils sont rentrés dans un logiciel qui calcule automatiquement l'écart entre Royal et Aubry et fait varier les résultats virtuels du Nord afin qu'ils assurent la victoire à Martine Aubry", écrivent-ils.
Un procédé pas très sophistiqué mais qui en dit aussi long sur le manque de scrupules de certains membres de l'appareil que sur l'état de délabrement de la démocratie interne au PS. "Ce logiciel, c'est une découverte. Et cela nécessite des explications", estimait, mercredi 9 septembre, l'avocat Jean-Pierre Mignard, qui, au lendemain du vote, avait rédigé pour le compte de Mme Royal un mémorandum destiné à recenser les irrégularités imputables aux partisans de Mme Aubry.
Quitte à faire remonter les mauvais souvenirs à la surface et faire tanguer le navire socialiste, ce livre aurait gagné à enquêter également sur les irrégularités imputées au camp Royal.
"Hold-uPS, arnaques et trahisons", de Karim Rissouli et Antonin André, éd. du Moment, 192 p., 16,50 €.
07 juillet 2009
La gauche doit se rassembler, au-delà des partis politiques
Avec le communiste Robert Hue, plusieurs personnalités de gauche, dont les socialistes Julien Dray, Vincent Peillon, François Rebsamen appellent à élaborer un "pacte unitaire de progrès".
Les résultats des européennes du 7 juin l'ont confirmé : la gauche est la première victime de l'abstention des Français les plus modestes, et des jeunes. Elle est ensuite victime de ses divisions, de clivages dépassés, prisonnière de discours et cultures hérités des siècles passés. De là viennent les sectarismes et les querelles intestines qui s'étalent dans les médias et font le désespoir du peuple de gauche.
Le paradoxe est saisissant : d'un côté la crise et ses conséquences dévastatrices; les mobilisations sociales et l'unité syndicale qui y répondent; de l'autre côté, une gauche morcelée, fatiguée, manquant d'imagination et peinant à élaborer un projet qui suscite l'espoir et l'enthousiasme. Pour des millions de femmes et d'hommes, de salariés du public et du privé, de chômeurs, de jeunes, d'universitaires et de chercheurs, d'intellectuels, de créateurs, d'artistes, ce déclin de la gauche est vécu comme un drame.
Dominant ce paysage sinistré, le pouvoir croit tenir sa victoire. Face au mécontentement, aux mobilisations sociales, il s'adapte, louvoie – mais il garde le cap. Au prix que l'on sait : une excroissance insidieuse d'un pouvoir personnel omniprésent, et une méthodique déconstruction, au quotidien, de la puissance publique et de l'Etat de droit. Nous savons bien ce qu'il y a au bout d'un tel chemin : la déchirure du corps social. Il faut l'éviter à tout prix.
Il est urgent que la gauche se sorte de l'impasse où elle s'est laissée enfermer. Elle le doit à tous ceux qui sont convaincus qu'un autre avenir, dans une autre société, est possible. Aucun parti ne peut prétendre, à lui tout seul, être la force propulsive du progressisme nouveau, et de la dynamique unitaire, dont le peuple de gauche a tellement besoin. On ne saurait non plus laisser les états-majors, comme à leur habitude, faire et défaire les coalitions et les alliances au gré des résultats électoraux et des rapports de force internes. La solution est ailleurs.
Dans tous les partis de gauche et au-delà demeure un capital militant, un potentiel de générosité et d'intelligence citoyenne qui représente une formidable chance de renouveau. Et à côté des partis, dans les associations, les collectifs, la société civile, des millions de femmes et d'hommes cherchent un espace politique solidaire, efficace et durable, où s'investir pour le changement.
Nous voulons agir pour rassembler les uns et les autres dans l'élaboration commune d'une alternative progressiste au néolibéralisme, d'un programme de profonde transformation sociale. Un projet qui puisse un jour prochain être porté au gouvernement, et qui s'inspire directement des aspirations, des revendications et des luttes de toutes les forces vives de notre pays.
Cinq axes de réflexion et d'action nous semblent prioritaires :
1. La définition d'une nouvelle éthique de la République et de la vie politique.
2. L'approfondissement de la démocratie sociale et citoyenne.
3. Le combat pour une mondialisation solidaire et pacifique.
4. La reconstruction de notre société autour des principes de justice sociale, d'égalité d'accès aux savoirs et à la culture.
5. La conception d'un nouveau modèle de développement économique qui soit à la fois social, écologique et progressiste.
Nous appelons au rassemblement sans délai de toutes celles et de tous ceux qui estiment urgent de se retrouver dans une démarche unitaire, en pleine autonomie, au-delà des appareils politiques, non pas contre eux mais en rejetant toute hégémonie. De toutes celles et de tous ceux qui désirent participer à l'écriture d'une nouvelle page fondatrice de l'histoire de la gauche.
Nous appelons à la création partout en France d'espaces de dialogue, d'organisation et d'action. Tous ensemble, nous nous donnerons comme premier objectif l'élaboration d'un pacte unitaire de progrès. Une charte reposant sur les principes que nous définirons collectivement, pour une société progressiste plus juste et plus humaine.
Robert Hue, sénateur du Val-d'Oise et fondateur du Nouvel Espace progressiste ; Dominique Bègles, journaliste ; Jean-Pierre Bel, président du groupe socialiste au Sénat ; Pascal Cherki, maire du 14e arrondissement de Paris ; Denis Cohen, syndicaliste; Julien Dray, député de l'Essonne; Aurélie Filippetti, députée de Moselle ; Michela Frigiolini, militante associative ; Michel Fize, sociologue ; Bernard Frédérick, journaliste et coordinateur national du Nouvel Espace progressiste; Stéphane Gatignon, conseiller général de Seine-Saint-Denis et maire de Sevran ; Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin-Bicêtre et secrétaire national du MRC ; Jean Lojkine, sociologue; Frédérique Matonti, politologue ; Sylvia Pinel, députée PRG du Tarn et Garonne; Vincent Peillon, député européen ; François Rebsamen, sénateur et maire de Dijon ; Ivan Renar, sénateur du Nord ; Bernard Vasseur, philosophe ; Pierre Weill, ancien président-fondateur du groupe Sofres
Signez cet appel : http://pacteunitaire.fr/
28 juin 2009
Répondre à gauche, François Hollande à Lorient
DISCOURS DE FRANCOIS HOLLANDE
LORIENT – 27 JUIN 2009
Je retrouve avec plaisir Lorient. Non par goût, l'âge venant, de la nostalgie. Pas d'avantage pour une cure de jouvence.
Certes, il y a toujours des lignes à faire bouger, des réponses à imaginer. Mais c'est l'amitié d'abord qui me conduit de nouveau en Bretagne. C'est à Brest que je fus élu Premier secrétaire, et c'est Jean-Yves qui préside la Région, après une campagne - celle de 2004- qui reste l'une des plus belles que j'eus à conduire. Le contexte a changé, notre niveau de
responsabilité aussi.
La vie nous bouscule. Les temps sont devenus difficiles. La droite domine l'Europe, en France elle est installée jusqu'en 2012. Cela fera 10 ans. La gauche peine à trouver la formule qui lui ferait retrouver la confiance des peuples, au moment même où partout le capitalisme est dans la tourmente et le libéralisme dans l’échec. Nous sommes là pour chercher et offrir des solutions aux Français.
Ils subissent, en effet, la plus grave crise économique de l'après-guerre. Cette crise va être longue. Une année de récession. Deux années de stagnation. En économie, c’est court mais dans la vie de tous les jours, c’est interminable. Cette crise va être profonde. La production industrielle revenue à son niveau d'il y a 15 ans, les déficits vont atteindre des niveaux historiques, le chômage continuera à croître jusqu'en 2012 avec au delà la suppression d'au moins 1 million d'emplois.Cette crise va être injuste. Elle va aggraver la précarité notamment celle des jeunes, contenir les salaires, déprécier les patrimoines des ménages, tout en permettant à ceux qui disposent de liquidités de saisir les opportunités de bonnes affaires.
La France va donc sortir de cette tourmente avec une économie affaiblie, un appareil productif dégradé, un taux d'activité diminué, une dette publique record, des inégalités renforcées. Cela ne se fera pas sans tensions, sans conflits. Et le calme apparent d'aujourd'hui, au moment où la crise souffle avec le plus d'intensité, ne doit pas rassurer. À force, le sentiment de ne plus rien avoir à perdre va coaguler des mécontentements et des peurs jusque-là retenues.
Réfléchir à la France d'après la crise ne dispense pas d'agir dès à présent. Partout des plans de sauvetage des banques ont été, dans la hâte, mis en œuvre par les États comme par les banques centrales, non sans résultats. Partout des plans de relance ont été décidés. Leur ampleur, leur contenu comme leur intensité varient selon les pays. Ils finiront par produire leurs effets. Mais nous connaissons leurs limites : défaut de coordination dans le temps comme dans l'espace, protectionnisme déguisé, lenteur dans leur exécution, impact considérable sur les comptes publics... au point d'entraver pour longtemps la liberté de manœuvre des États.
Que faire de plus pour accélérer la reprise ?
• Baisser les taux d'intérêt : ils sont à des niveaux historiquement bas.
• Annoncer un programme de grands travaux : l'Europe pourrait le faire. Elle s'y refuse. Et une telle politique exige du temps. Il n'y en a plus.
• Ajouter de la dette publique par un grand emprunt pour frapper les esprits et donner le nom d’un président à la postérité : l'opération de communication est à double tranchant. Elle mobilise l'épargne de précaution, mais cache d'un voile transparent le gouffre du déficit.
Alors, que reste-t-il à faire d'efficace et de sérieux ?
Revenons à l’origine de la crise. Ce sont les errements du système financier qui ont conduit les banques à rationner les prêts aux particuliers comme aux entreprises. D'où l'effondrement du marché immobilier le repli de l'investissement. Avec ses conséquences sur la croissance, l'emploi et le pouvoir d'achat.
Alors, pour accélérer la reprise, il convient donc de réalimenter le crédit, réorganiser et réguler les marchés financiers. Bref, restaurer la confiance en mobilisant l’épargne en faveur de l’investissement. Et c'est là que je veux revenir sur l'emprunt. En période de crise, le taux d'épargne s'élève mécaniquement, la crainte du futur alimentant la prudence. Et, dans le même temps, les entreprises ont plus de mal à se financer auprès des banques ou des marchés. Aussi, ce n'est pas d'un emprunt d’Etat dont l'économie a besoin - et j'allais dire quelles que soient les dépenses qu'il servira à couvrir - mais d'une épargne affectée à l'investissement productif. La bonne procédure n'est pas de créer une dette publique supplémentaire.
La bonne idée serait donc de lancer un emprunt garanti par l’Etat et dont le produit servirait à financer à long terme et à faible coût les projets d’investissement des entreprises. Ce serait plus efficace, plus rapide, plus structurel et sans conséquences sur les finances publiques. Quant à l'accompagnement social, il devient une nécessité économique puisque seul le maintien de la consommation permet de soutenir encore l'activité. Le risque, c'est une chute provoquée par la montée du chômage.
Aussi, faut-il pour une durée d'un an considérer le contrat de transition professionnelle comme le statut de tout licencié économique et couvrir cette charge par la suppression des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires. La pensée de crise se traduit souvent la crise de la pensée. Les libéraux sont devenus des régulateurs; les contempteurs du modèle français ses plus zélés adorateurs. Les orthodoxes du marché parfait, les promoteurs d'un État prodige.
Ces conversions ne doivent pas faire illusion. C'est l'État d'urgence qui a suscité l'urgence de l'État. Quand le capitalisme financier n'a plus d'argent, rien de mieux que l'État comme prêteur en dernier ressort. Il n'y a là aucun acte de contrition. Pas davantage la découverte de la sagesse ou l'accès à une ascèse précieuse. C'est le principe de nécessité qui a fait loi. Et si, en haut lieu, on affirme que rien ne sera plus comme avant, en fait tout change pour que rien ne change.
Les socialistes sont interpellés par le choc. Oui, ils peuvent se flatter d'avoir été les premiers à mettre en garde le monde sur les risques liés à la libéralisation des marchés, au retrait de l'Etat, aux privatisations et aux déréglementations. Mais ils sont regardés comme les ayant toléré quand ils ne les ont pas accompagnés.
Aussi, la défaite du 7 juin aux élections européennes n'est-elle pas si paradoxale qu'il y paraît. Je rappelle que dans 16 des 27 pays européens, la social-démocratie a subi des défaites (hors Grèce et Malte), notamment en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie et en France, là où précisément les modèles étaient les plus divers : social-démocrate,travailliste, démocratie et socialiste.
Je vois trois raisons dans ces déconvenues :
1/ - Une rigidité conceptuelle. Qu’elle soit moderne ou traditionnelle, elle reste figée sur un modèle qui est celui né dans l’après-guerre sous forme de droits, de garanties, de prestations... Et la mondialisation qu’elle a acceptée courageusement l’a mise en permanence sur la défensive, faute d’avoir su l’organiser et la dominer. Aussi, donne-t-elle toujours l’impression de s’excuser. Soit d’être trop peureuse face à la mutation économique. Soit d’être trop poreuse face à la prétention des marchés… Bref, elle donne le sentiment d’être toujours en retard par rapport à l’accélération du monde alors que ses principes n’ont rien perdu de leur actualité.
2/- Une incapacité à formuler une doctrine commune. Au-delà des spécificités nationales, le socialisme peine à s’identifier à des références, des exemples, voire un modèle. Les sociaux-démocrates, qui avaient été les premiers à concevoir les politiques de développement durable au milieu des années 90, ont manqué de volonté pour les traduire aussi bien dans leur pensée que dans leurs actes. Et n’en ont pas fait un renouvellement de leur doctrine. Les droites n’ont pas cette difficulté : elles s’adaptent. Elles sont idéologiques, puisqu’elles se confondent avec le réel. Leur idéologie, c’est le système lui-même regardé comme inéluctable, irréversible, immuable.
3/- L’effacement du projet européen. L’Europe n’était pas une idée des socialistes. Mais, les socialistes l’avaient investie d’une mission presque mystique : unir les peuples autour de valeurs communes et conférer à leur union une force, capable de porter des politiques communautaires conjuguant production et protection. L’élargissement conjugué à la mondialisation ont ramené cette ambition à un marché dans un espace démocratique. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est plus le projet fédérateur que les socialistes avaient porté. D’où le désenchantement des catégories populaires chaque fois qu’elles sont consultées sur le sujet.
Les droites peuvent vivre sans l’idéal européen. Elles ont obtenu de l’Europe ce qu’elles voulaient, y compris le droit au chauvinisme. Les gauches en revanche se retrouvent à porter des objectifs pour l’Europe que, désormais, sa taille, son organisation et son budget n’autorisent plus. D’où l’urgence de relancer le projet européen.
Ainsi, la crise a donné à la droite une avance momentanée. Son avantage réside dans sa plasticité. Elle n’est sévère qu’à l’égard des plus faibles. Elle s’autorise donc tout : le crédit, les déficits et même le laxisme. Pour elle, l’Etat n’est pas un maître, mais un valet. Quant à la politique, elle est une affaire de chefs. La démocratie, une affaire d’opinion et les institutions, une affaire personnelle.
L’enjeu, ce sont les classes populaires. Convenons qu’elles se sont détachées de la gauche, avec le sentiment de n’être plus représentées, défendues et tout simplement comprises dans leurs difficultés. Elles cherchent l’adversaire et le trouvent, hélas, tout près d’elles. Elles sont passées de la lutte des classes à la lutte contre le déclassement. Elles se sont mises de côté.
Cependant, ces catégories comme l’ensemble de la population attendent des solutions. Elles demandent à la politique de leur offrir un avenir mais avec une exigence de crédibilité à la mesure de la lucidité qui est désormais la leur.
Aussi, la question fondamentale posée à la gauche est-elle de sa pensée. Il n’y a pas de conquête politique durable si elle n’est pas précédée d’une victoire dans la bataille des idées. Certes, les conditions de l’affrontement ont changé. La société s’est apaisée. Des sujets de conflits font peu à peu consensus. Je ne m’en plains pas. Mais, il y a aussi la tentative d’effacer les clivages, de voler les mots, de capter les noms, de dérober l’Histoire, de jouer avec les émotions pour rendre tout équivalent, pour unifier les problèmes et donc les solutions, pour étouffer le conflit, saturer l’espace médiatique, personnaliser la politique dans un dialogue singulier entre le «moi» du bas et le «moi» du haut. Pour faire de la Présidence un job. Et de la démocratie une assemblée de consommateurs ou d’actionnaires.
Il faut donc revenir au cœur même de la Démocratie, c’est-à-dire à l’affirmation des choix et à la délibération pour les départager. Le mouvement des idées obéit à des cycles étroitement liés à ceux de l’économie mondiale.
La social-démocratie a été la grande idéologie de l’après-guerre : elle avait trouvé la recette dans les pays développés pour conjuguer croissance forte, État providence et démocratisation de l’Education. Ce furent les 30 glorieuses dont une part du succès s’était construite sur la destruction des richesses du reste du monde. Celle-ci se vengera avec l’explosion du prix des matières premières, et notamment du pétrole.
Le libéralisme, au début des années 80, prit le relais. L’effondrement du communisme à l’Est et l’épuisement du pacte de solidarité à l’Ouest lui offrirent le monde entier comme terrain d’expérience. Les marchés furent investis, non seulement du pouvoir de fixer la valeur de tout, mais de donner une légitimité à l’argent, une vertu au-dessus même de la démocratie. Ce furent les 30 flambeuses qui brûlèrent toutes les digues, tous les interdits qui, jusque-là, avaient codifié la bienséance économique, sociale et politique : ces années viennent de s’achever dans le fracas de la spéculation qui a consisté à donner une valeur à ce qui n’en avait plus.
La crise ouvre un nouveau temps, un nouveau cycle, où tout doit être rebattu, repensé, revisité.
C’est un défi pour la Gauche ; Son renouvellement indispensable passe par la fidélité à son propre récit. Le socialisme se confond avec l’accomplissement des valeurs de la République. Il ouvre donc 2 perspectives fondamentales : le progrès et l’égalité. C’est-à-dire la capacité de faire avancer l’humanité et le droit égal donné à chacun de réussir sa vie. Il s’inscrit dans un double mouvement : l’émancipation personnelle et le projet collectif.
L’individualisation et le dépassement. La reconnaissance de la primauté de l’intérêt général comme un moyen donné à chacun de réaliser librement son destin. À la condition de définir le progrès et l’égalité par rapport aux enjeux d’aujourd’hui.
Le progrès n’est plus la production et la consommation, mesuré par des agrégats économiques dont on sait qu’il n’intègre pas les prélèvements sur la nature dont on sait qu’ils ne se traduisent qu’imparfaitement dans la réalité. Il ne se confond pas non plus avec l’accumulation de technologies qui peuvent se traduire par des aliénations ou des asservissements.
Le progrès aujourd’hui c’est de vivre mieux, plus longtemps et avec toutes les connaissances possibles. Sans altérer les possibilités des générations successives. C’est toute la logique des nouveaux indicateurs. Le progrès est donc le contrat que la Nation passe avec elle-même pour assurer un développement futur.
L’égalité, elle est toujours l’étoile polaire de la gauche –comme le disait le philosophe italien Babbio- mais elle ne peut être réduite à une distribution dont le coût est jugé exorbitant pour ses participants et insuffisant pour ses bénéficiaires. Pas davantage à une égalité des chances dont on sait qu’elles ne sont pas les mêmes au départ et encore moins à l’arrivée. Elle ne peut se confondre avec la lutte contre les discriminations qui n’en sont que l’une des illustrations. Là encore, c’est bien plus que par des services publics, des prestations, une fiscalité –par ailleurs nécessaire - que l’objectif doit être atteint, mais par l’accompagnement de chacun dans sa trajectoire personnelle en lui offrant toute sa vie durant les moyens de sa promotion, de sa participation au projet collectif, de son émancipation (Amartya Sen). C’est l’égalité des capacités ou l’égalité devant l’avenir.
C’est ce double message qui fonde pour les socialistes la Nation. Face à un marché qui segmente, disloque et met en concurrence, la Nation, la République unifie sans uniformiser. Elle plonge dans les mémoires multiples et parfois blessées pour créer un lien, une cohésion, une harmonie, une communauté de réussite.
Je vous propose de retrouver un projet collectif.
C’est avec cette double clé, le progrès et l’égalité, que nous pourrons reprendre en compte le collectif, sans froisser l’aspiration individuelle. C’est ce qui donne de la force au contrat que chaque génération ajoute – comme disait Léon Bourgeois- au legs de l’âge précédent. La crise fournit aujourd’hui l’occasion d’une nouvelle étape de notre construction nationale. Comme il a été possible de nouer un contrat de l’après-guerre, nous devons écrire avec nos concitoyens le contrat de l’après crise. Il doit promouvoir la Démocratie de la réussite. C’est-à-dire une réussite commune et partagée. Et dont la Démocratie est à la fois l’instrument et l’aboutissement.
Je propose trois choix fondamentaux
1/- Le choix de la compétitivité.
La France sortira de la crise plus affaiblie qu’elle n’y était entrée. Le risque est de conjuguer sur une longue période chômage élevé, déséquilibre commercial extérieur et salaires bas. La solution, c’est de réarmer la production française : politique industrielle, croissance verte, nouvelles technologies, effort de recherche.
2/- Le choix de la solidarité.
L’après crise sera le temps de l’ajustement budgétaire et fiscal, compte tenu des déficits publics gigantesques qui sont en train de se creuser. La gauche devra faire preuve de courage pour faire ses arbitrages entre les dépenses et les impôts. Oui, je le dis, il faudra relever certains prélèvements, reprendre des avantages accordés aux plus favorisés et alléger la charge qui pèse sur ceux qui contribuent à la croissance. L’allongement de la vie obligera, quoi qu’il arrive, à une autre organisation du temps de travail et à un élargissement du financement.
3/ - Le choix de l’écologie.
L’après crise verra le retour d’un pétrole cher. La conférence de Copenhague en décembre prochain renforcera les obligations en matière de lutte contre le réchauffement. C’est donc toute notre organisation de transports, notre habitat et nos modes de consommation qui devront être revus. Il faudra être prêt à aller beaucoup plus loin dans la diversification énergétique et dans le recyclage des déchets.
Nous avons 10 ans pour changer et nous devrons consacrer 1% au moins du PIB. En 2012, c’est sur la réponse à ces choix qui décideront nos concitoyens.
Ne faisons pas mine de les découvrir à la veille de l’échéance. Ne construisons pas un projet pour aujourd’hui avec les mots d’hier, mais pour demain avec la vision d’après-demain. Ne faisons pas comme si nous pourrons disposer de recettes exceptionnelles : la croissance sera faible et la droite aura vidé toutes les caisses dont elle aura eu la garde. Elles ne sont plus vides. Elles sont sans fond. Ne laissons pas penser que nous pourrons tout faire, tout additionner, tout conjuguer.
Notre électorat sait que ce n’est pas vrai. Il n’attend pas de nous un catalogue d’intentions, une énumération de mesures, un programme, fut-il bâti à partir d’une démarche participative. Mais de propositions limitées en nombre mais pas en intensité.
Le contrat de l’après crise doit aller à l’essentiel. Il porte une perspective : la démocratie de la réussite. Il s’articule autour de 3 pactes avec le pays.
1. Un pacte productif : La France a besoin de ses entreprises. C’est la condition de sa place dans la mondialisation et de la résorption du chômage. Mais, les entreprises ont besoin de leurs salariés. C’est la condition de leur productivité et de leurs performances. Voilà le pacte : l’Etat s’engage à faciliter l’accès au crédit, en fixant des obligations aux banques, en créant des produits d’épargne affectés à l’investissement productif, en garantissant certains prêts. L’Etat favorise, en liaison avec les Régions, des pôles de compétitivité avec une défiscalisation de l’effort de recherche des entreprises qui s’y consacrent. L’Etat abaisse significativement l’impôt sur les sociétés sur les bénéfices réinvestis et relève le taux pour les profits distribués. En contrepartie, les entreprises négocient avec les partenaires sociaux des accords sur la formation, la rémunération et l’emploi des jeunes comme des seniors. L’ensemble des allègements de cotisations sociales (30 milliards d’euros) est revu par rapport à ces trois objectifs. Aujourd’hui, un pacte productif est un pacte écologique. C’est une nouvelle croissance qu’il faut faire émerger avec la diversification énergétique, l’isolation, les nouveaux modes de transport. La Caisse des dépôts doit être refondée pour devenir la caisse du développement durable et tous ses produits d’épargne dédiés au financement écologique. La France dispose –encore pour combien de temps- de la présence d’un secteur public (EDF, AREVA, SNCF, Poste…). Il doit être mis au service de cette mutation.
2. Un pacte éducatif : Notre pays n’a d’avenir que s’il fait le choix de faire de la France l’une des nations la mieux formée du monde. Or, nous souffrons de deux handicaps :
a. La France compte un taux élevé de jeunes en échec (20% sortent sans diplôme).
b. Elle ne parvient pas à fournir des élites assez nombreuses pour répondre aux besoins de la nouvelle donne économique. Elle n’est ni juste ni efficace. Ce n’est pas qu’une affaire de moyens. C’est aussi son organisation et son système d’orientation et sa tolérance aux inégalités. Plusieurs propositions :
• La généralisation du service public de la petite enfance et des maternelles ;
• La fourniture d’un tronc commun élevé ;
• La valorisation de l’enseignement technique et professionnel et la priorité aux formations industrielles ;
• L’hybridation entre grandes écoles et universités ;
• L’orientation des étudiants
• L’attribution d’un chèque éducation sur toute la vie à tous ceux qui sont sortis précocement de la formation initiale.
3. Un pacte redistributif.
Il n’est déjà pas aisé de réduire les inégalités en période de prospérité. C’est encore plus difficile en temps de crise mais encore plus nécessaire. Face à l’ampleur des déficits la question qui se pose immanquablement est de savoir qui va payer. Ainsi le compromis à trouver se situe au point d’équilibre entre la solidarité à assurer à tous et le niveau de prélèvement qu’une société accepte de consentir. C’est pour moi tout l’enjeu de la réforme fiscale. Elle doit être aussi simple que juste et efficace. Elle doit aller au delà de la remise en cause des réduction d’impôt accordées aux plus favorisé depuis 7 ans et être fondée sur trois principes :
- Tous les revenus doivent être soumis au prélèvement progressif national, local et social. L’indivisibilité du revenu va de pair avec la progressivité de l’impôt.
- La richesse produite par les entreprises doit être l’assiette de leur contribution, la base aussi bien pour le financement local que pour le financement social.
- Le prélèvement sur la nature doit faire l’objet d’une compensation fiscale. L’impôt doit aussi servir à prévenir les dommages causés par les activités humines ; il doit à ce titre contribuer à maintenir intact le patrimoine dont nous héritons ; c’est le sens de la taxe Carbonne aussi bien sur la consommation des ménages et des entreprises qui polluent le plus.
Mais la redistribution, ce n’est pas seulement l’impôt. C’est aussi la répartition des revenus. En 20 ans, les écarts se sont creusés considérablement les hautes rémunérations se sont envolées quand le salaire moyen a stagné. Une société a le devoir de déterminer une hiérarchie soutenable entre les dirigeants et les salariés les plus modestes. De même, les stock-options, retraites chapeau et les golden parachutes devraient être purement et simplement supprimés.
Le contrat de l’après crise vise donc a réarmer l’économie française, à la spécialiser sur la valorisation du capital humain et
la préservation du capital naturel. C’est autour de ce contrat que doit d’abord se rassembler la Gauche.
L’élection présidentielle de 2007 a crée une nouvelle donne politique. La droite est désormais unie dans un seul parti dominé, écrasé par un seul chef et sans concurrence sérieuse sur ses flancs ; l’extrême droite a été absorbée – au moins son électorat et le centre - nouveau en tous cas – satellisé. L’ancien cherchant encore son identité ; le pouvoir est minoritaire mais il est en position de force. En face, les oppositions sans doute majoritaires sont dispersées. Sans moteur, faute d’alliance, sans énergie, faute de projet la pluralité élargit son espace mais lui ôte la crédibilité. Comment faire ?
Evitons les fausses solutions. A la différence de la droite, la gauche n’est pas fongible dans un seul parti. Et le PS pourrait décider de se dépasser – tâche par ailleurs nécessaires – ouvrir largement les bras il n’étreindrait que le vide. De même, le choix d’un candidat commun de la gauche ne peut être un préalable mais éventuellement un aboutissement.
Alors la seule méthode qui vaille consiste à s’adresser à toutes les familles politiques décidées à gouverner avec nous et de travailler à l’élaboration d’une fédération autour d’un projet commun. Cette démarche doit trouver un premier acte dans la préparation des élections régionales. Elle est sans condition sauf l’accord sur les idées. Elle respecte les stratégies autonomes au premier tour même si l’union dès cette étape lui donnerait plus de force. Elle ne préjuge de rien sur les candidatures aux prochains scrutins. Elle crée une clarté sur l’offre politique présentée aux citoyens et une cohérence sur l’équipe supposée la porter. Elle fédère la gauche autour d’un projet en laissant à chacune de ses familles son identité. Mais deux choses sont sures :
- Un PS faible et c’est l’ensemble de la gauche qui souffre. Les élections européennes en ont été la démonstration. C’est le médiocre score du PS qui a donné à Nicolas Sarkozy sa victoire, quand bien même les Verts pavoisaient et le reste de la gauche était d’une compétition résiduelle.
- Un PS seul et c’est l’alternance qui se trouve empêchée car le changement a besoin d’une assise solide et d’un assentiment large de la population. Les bases électorales du PS sont à la fois étroites et fragiles. Il a besoin d’alliés à condition qu’il partage la même exigence de crédibilité et de responsabilité. Les défis sont trop lourds, les contraintes trop fortes pour ne pas concevoir un rassemblement large et cohérent. Il ne se construit pas en quelques jours et encore moins entre les deux tours d’une élection décisive. Il réclame une sincérité dans les engagements et un dépassement dans les formes et les pensées politiques. La Gauche y est elle prête ? A nous de la convaincre. C’est au PS de le faire.
06 juin 2009
Elections Européennes : soirée analyses et perspectives
Soirée-débat
Lendemain d'Europe
Organisée par Terra Nova, Europanova et Fenêtre sur l’Europe
Lundi 8 juin à 19h30 à SciencesPo.
La
fondation Terra Nova, Europanova et Fenêtre sur l’Europe, organisent à
SciencesPo le lundi 8 juin à partir de 19h30 une soirée-débat sur le
thème : "Lendemains d’Europe : Quelles analyses et quelles
perspectives à l’issue des élections européennes ?".
Olivier FERRAND, président de Terra Nova et Guillaume KLOSSA, président fondateur d’Europanova, analyseront les résultats de la veille en compagnie de Yves BERTONCINI,
enseignant à Sciences po Paris et auteur de la note "législation
communautaire: briser le mythe des 80%" pour la Fondation Robert
Schumann et Bruno JEANBART, directeur des études politiques d’Opinionway. Le débat sera animé par Jean-Philippe MOINET, fondateur de La revue civique et européenne.
Au
lendemain du scrutin, nos intervenants analyseront les résultats de la
veille ainsi que les conséquences au niveau national et européen. Alors
que les dernières estimations annoncent un désintérêt des citoyens pour
ces élections, on regardera de près le taux d'abstention pour voir s’il
est le grand vainqueur de l'élection. Quels seront les nouveaux rapports
de force au Parlement Européen et les grands projets sur le bureau des
nouveaux eurodéputés ? Voici les grandes questions auxquelles les
intervenants essaieront de répondre.
Pour plus d'informations, contacter
Elie Levaï, responsable des événements média à Terra Nova
01 58 36 15 25
31 mai 2009
Faut-il encore faire l’Europe politique ?
L’Europe
politique est nécessaire. Il y a une identité, un modèle de société
européens qui justifient des institutions politiques pour les porter,
les défendre, les représenter sur la scène internationale. Ce modèle,
pour l’essentiel, c’est celui de l’Etat-providence. Un modèle
spécifique à l’Europe, et présent dans tous les Etats européens. Un
modèle dont la modernité a été fortement réévaluée avec la crise
actuelle du modèle libéral. L’Europe
politique est encore possible. Certes, la fenêtre d’opportunités,
largement ouverte dans les années 1990, s’est refermée, après l’échec
des négociations institutionnelles. Traités de Maastricht (1992),
Amsterdam (1997), Nice (2001), Constitution européenne (2004), traité
de Lisbonne (2007) : négociations après négociations, l’Europe
politique a été repoussée. Les moteurs historiques de la construction
européenne, les gouvernements et la Commission européenne, se sont
enrayés. Un nouveau « bras armé » doit émerger pour l’Europe politique
: le Parlement européen. C’est là que la nouvelle génération européenne
doit s’investir. Et c’est pour cette raison que les élections
européennes de juin revêtent une grande importance. Téléchargez la note de synthèse : europe_contre_europe
Faut-il
encore faire l'Europe politique? La réponse est oui : l’Europe
politique est plus que jamais nécessaire, et encore possible.
30 mai 2009
Elections européennes : des essais à lire
Les socialistes européens et les temps nouveaux par Jean-Christophe Cambadélis
Téléchargez l'essai : cambadelis_FJJ
Voyage au coeur du Parlement européen par Bernard Poignant
Téléchargez l'essai : Poignant





