29 avril 2009
Non au délit de solidarité !
Besson affirme que personne n’a jamais été condamné pour «délit de solidarité» en France. Charlie Hebdo prouve le contraire.
Besson ment!
Nous demandons l’abrogation de l’article L. 622-1 du CESEDA, qui permet de condamner à cinq ans de prison et 30 000 € d’amende «toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France».
«Besson ment, j’ai été condamné pour délit de solidarité»
Le Gisti vient de publier la liste non exhaustive d’une trentaine de
personnes condamnées pour «délit de solidarité». Charlie hebdo a
retrouvé l’un d’entre eux : Dimitri Pakhomoff, chauffeur de taxi à la
retraite.
Propos recueillis par Sylvie Coma
«Quand le ministre Besson dit que «personne, en France, n’a jamais été
condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un
étranger en situation irrégulière», moi, je peux crier que c’est faux.
Je vais avoir 73 ans, j’ai travaillé pendant quarante-neuf ans et j’ai
été chauffeur de taxi à Calais pendant quinze ans. En 2002, j’ai été
condamné à un an de prison ferme pour avoir simplement exercé mon
métier. Pourquoi ? Je ne le comprends toujours pas.
À cette époque,
les réfugiés étaient massés à Sangatte. À part la compassion que j’ai
eue et que j’ai encore pour ces malheureux, je n’ai rien à me
reprocher. Comme tous mes collègues, j’ai effectivement transporté ces
pauvres gens dans mon taxi. La plupart du temps, ils voulaient aller à
Calais pour faire des courses à l’épicerie. Et parfois aussi pour
prendre le train à la gare. En quoi aurais-je dû les en empêcher ?
Chacun vit sa vie. Étant taxi, je n’avais pas le droit de leur demander
leurs papiers — je ne suis pas de la police ! —, ni de refuser de les
prendre dans ma voiture, sous peine d’être poursuivi pour
discrimination raciale. Et puis, ces personnes n’étaient pas des
prisonniers, c’était des réfugiés. Je les transportais comme des
clients, en leur faisant souvent des prix préférentiels. La misère est
universelle et n’a pas de citoyenneté.»
Le témoignage complet est à lire dans Charlie Hebdo n° 880. Et vous pouvez signer la pétition en ligne sur www.charliehebdo.fr
21 avril 2009
Deux soirées débats autour de la crise
- Mercredi 22 avril à 20h30 - Salle Léo-Delibes au Blanc-Mesnil (à côté de l'école Jules-Ferry) - Soirée débat animée par Guillaume Duval rédacteur en chef de la revue mensuelle Alternatives Économiques. Heures supplémentaires, emploi, crise économique au programme.
- Mardi 28 avril à 20h - Salle Barbara derrière la mairie de Saint-Ouen - Soirée débat animée par Michel Sapin, ancien ministre de l'économie et des Finances et secrétaire National à l'économie du Parti Socialiste. Thème du débat : la crise économique et les solutions qui peuvent y être apportées.
11 avril 2009
"La reprise viendra des Etats-Unis début 2010"
Entretien avec Dominique Strauss-Kahn - (Le Monde, 6 avril 2009) - Propos recueillis par Alexandrine Bouilhet & Jean-Pierre Robin
Le succès politique du G20 suffira-t-il à faire renaître la confiance des investisseurs, des consommateurs et des entreprises ?
Ce serait exagéré de dire que le G20 va à lui seul faire revenir la confiance. Mais il est vrai que la crise est assez largement une crise de confiance. Le succès de ce G20, la détermination des chefs d'État et de gouvernement, les décisions qui ont été prises, constituent un élément du retour à la confiance, ce qui est décisif pour que l'économie reparte.
On peut dire désormais qu'il y a un capitaine dans le bateau ? Un commandement uni ?
C'est difficile à dire, car j'aurai du mal à le nommer. Mais il y a un équipage qui prend l'habitude de travailler ensemble et de tirer des bords comme il convient.
N'êtes vous pas déçu de l'absence d'efforts supplémentaires dans les plans de relance nationaux ?
Non. Le problème principal aujourd'hui ce n'est pas d'augmenter les plans de relance. Pour 2009, le résultat est presque à la hauteur de ce que le FMI avait demandé en février : une relance équivalente à environ 2 % du PIB. Nous n'en sommes pas loin. Pour 2010, on verra, mais l'important est que les États aient déclarés être prêts à en faire davantage si cela s'avérait nécessaire. La polémique sur ce sujet a été exagérée. Les Américains ont, il est vrai, voulu pousser les Européens à faire plus. Honnêtement, si on regarde les programmes de relance, le plan américain est plus massif que le plan européen. Mais quand on tient compte de la protection sociale, des "stabilisateurs automatiques", bien plus forts en Europe, l'écart n'est
pas si grand.
Estimez-vous avoir été entendu au G20 sur la nécessité de nettoyer le bilan des banques ?
Oui. La plupart des chefs d'État et de gouvernement ont compris que le nettoyage du système financier était un préalable indispensable à une relance et une régulation efficace. Ils l'ont affirmé haut et fort au G20. C'est un progrès considérable dans la compréhension du problème et la détermination à y apporter des solutions. Il faut donc le faire maintenant et il faut le faire vite. Le FMI qui a traité 122 crises bancaires dans son histoire, depuis l'après guerre, a noté une constante : le retour à la croissance ne se fait pas tant que l'assainissement du système bancaire n'a pas été opéré. L'exemple le plus frappant est celui du Japon des années 1990 : les Japonais ont déversé des tonnes d'argent public pour favoriser la relance, mais cela n'a rien donné jusqu'au moment où ils ont fini pas nettoyer leur système bancaire. J'ai le sentiment d'avoir été entendu, nous allons voir maintenant si les décisions suivent.
Que faut-il attendre des 1100 milliards de dollars annoncés ?
Même si elle additionne un peu des choux et des carottes, la somme est considérable : 500 milliards pour le FMI, plus 250 milliards de DTS, 100 milliards pour les banques de développement dont la Banque mondiale. A quoi s'ajoutent 250 milliards pour le financement du commerce mondial qui seront mobilisés par la Banque Mondiale et toute une série d'agences pour le commerce extérieur, comme la Coface en France. Le soutien au commerce mondial est capital, car son financement a été l'une des victimes directe du "credit crunch" et du rapatriement des capitaux par les banques occidentales.
Cette enveloppe sera-t-elle rapidement mobilisable ? Sur quels montants le FMI peut-il compter dès 2009 ?
C'est une question de semaines, voire de mois, mais pas plus. Pour sa part le FMI aura son compte ; les 500 milliards de dollars de ressources supplémentaires seront disponibles avant la fin de l'année. On a déjà 100 milliards du gouvernement japonais, 100 milliards des Européens et environ autant attendu des États-Unis. Les Chinois et les Russes m'ont fait part de leur intérêt. D'autres pays ont déjà annoncé leur participation et vont nous aider. On sera donc proche des 500 milliards à la fin de l'année.
Le G20 a décidé d'augmenter de 250 milliards, les Droits de Tirage Spéciaux du FMI. Pouvez-vous nous donner une définition simple des DTS et nous dire à quoi cela sert ?
Il s'agit d'une capacité d'emprunt offerte à chacun des membres du FMI, en fonction de ses quotas au capital du Fonds. Cet instrument de financement est négociable : les pays qui n'en ont pas besoin peuvent les prêter à d'autres. En ce sens, cela devient une monnaie, mais uniquement échangée entre les banques centrales des pays. L'augmentation des DTS, à quoi ça sert ? D'abord à augmenter les réserves des banques centrales et aider les pays à stabiliser leurs monnaies. Les pays africains qui ont entre 7 ou et 8% de quotas du FMI, vont ainsi recevoir 19 milliards de dollars. Ils peuvent obtenir davantage ensuite grâce à des accords d'échanges avec les pays développés. Résultat : cela crée une liquidité internationale
supplémentaire. Le seul inconvénient est le risque inflationniste, mais il est aujourd'hui limité ! Cela revient aussi à faire fonctionner le FMI presque comme une banque centrale. Par ailleurs cela donne un coup de pouce à l'idée de monnaie internationale, ce qui est très important sur le plan symbolique.
Pourquoi ?
Cela démontre que les États-Unis, qui ont approuvé une telle décision et qui en sont même à l'origine, acceptent de renforcer le FMI dans son rôle de prêteur en dernier ressort et de fournisseur de liquidités internationales. Cela confirme la conversion de la nouvelle administration américaine à une approche plus multilatérale dans les relations internationales.
Cette remise au centre du jeu des DTS aurait aussi fait plaisir au Général de Gaulle …
Est-ce également une réponse aux Chinois qui souhaitent la création d'une monnaie de réserve de substituant au dollar ?
Effectivement. Les Autorités françaises ont toujours été opposées à la une domination exagérée du dollar et favorables aux émissions de DTS. Ce n'est pas un hasard, non plus, si les Chinois ont parlé des DTS avant le G20. Mais la suprématie du dollar dans le système international est encore là pour longtemps. Ce ne sont pas ces 250 milliards qui vont complètement changer les choses. En termes absolus c'est peu, comparé aux milliers de milliards de dollars en circulation. En revanche, c'est une décision porteuse de symbole.
Le FMI va-t-il être en mesure d'assurer mieux son rôle de surveillance des monnaies et de mettre en garde sur les déséquilibres commerciaux qui sont à l'origine de la crise actuelle ?
Je nuancerai les choses. Ces déséquilibres sont certes un problème en soi et il faut y remédier. Mais on peut sans peine imaginer une situation dans laquelle il n'y aurait pas de déséquilibres internationaux, et où les pratiques bancaires nationales auraient quand même déclenché des problèmes de surendettement, de subprime et de titrisation, du fait de la défaillance des contrôles bancaires !
Le nouveau poids qu'entend jouer la Chine au FMI ne va-t-il pas vous empêcher de critiquer la sous évaluation du yuan ?
Au contraire. On est plus à même de donner des conseils lorsque les pays sont autour de la table que lorsqu'ils en sont absents. Le FMI doit être franc et je dis depuis des mois que le remimbi (l'autre nom du yuan, ndlr) est sous-évalué et que la voie pour le réévaluer est que la croissance chinoise ne se nourrisse plus exclusivement des exportations, mais se recentre sur la demande intérieure, ce qui en train de se passer.
En matière de surveillance et de régulation pourquoi l'idée d'une Organisation mondiale de la finance, sur le modèle de l'OMC pour le commerce, est-elle considérée comme impossible ?
On a souvent voulu attribuer au FMI un tel rôle. Je ne suis pas sûr que l'on ait besoin d'un grand régulateur au niveau mondial. Mais de toutes façons, ce n'est pas notre mission. C'est plutôt le rôle du Forum de stabilité financière, et maintenant du Conseil de stabilité financière, que de créer des règles prudentielles. C'est ce Conseil qui doit coordonner les organismes spécialisés dans la régulation comme le Comité de Bâle pour les activités bancaires ou l'IOSCO pour les valeurs mobilières, et ces institutions elles-mêmes rassemblent les autorités nationales, telle la commission bancaire en France. L'essentiel est que ces règles existent dans chaque pays et qu'elles soient respectées. C'est alors qu'intervient le FMI pour examiner si les secteurs financiers nationaux fonctionnent correctement. C'est un travail de surveillance et non pas de régulateur. On appelle cela les FSAP, Financial Sector Assessment Program. Cette procédure, nous allons d'ailleurs l'améliorer de façon à effectuer des "stress test", des tests de résistance, en cas de crise. Il s'agit de procédures volontaires, et parmi les grands pays, seuls les États-Unis et la Chine avaient jusqu'à maintenant toujours refusé d'y participer. Mais depuis la crise ils ont accepté de s'y soumettre.
Quels seront les signes avant-coureur de la reprise mondiale ?
La crise est partie des États-Unis, dans le secteur immobilier. Le redémarrage se constatera d'abord aux États-Unis. Il faut donc surveiller les prix de l'immobilier américain. La fin de la baisse constituera un signe important. On peut penser qu'on n'est pas trop loin du plancher, d'où notre schéma de reprise au premier semestre 2010. Un autre indicateur à suivre, est l'état des stocks des entreprises. Le déstockage va arriver à son terme, et la production pourra alors reprendre. Le redémarrage des marchés de crédits, qui restent encore gelés, est également essentiel. La reprise du commerce international constituera également un test de fin de crise.
Dans un monde financier dévasté, le FMI apparaît comme un îlot de prospérité avec des perspectives de bénéfices importants. Allez-vous embaucher ?
Notre mission n'est pas de faire des bénéfices mais de contribuer à la stabilité financière et d'aider les pays à résoudre leurs problèmes de déficits extérieurs. Nous allons effectivement renforcer nos effectifs. Nous nous apprêtons à recruter une petite centaine de spécialistes.
Palais de la découverte : Déclaration du 24 mars 2009
Dans la journée du 24 mars, Claudie Haigneré a été nommée à la tête d’un mission de préfiguration d’un nouvel établissement public issu du regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie. Elle a été nommée à la présidence de la Cité des sciences ce 8 avril. Cette nomination n’est pas de nature à lever les inquiétudes quant à l’avenir du Palais de la découverte.
La soirée de soutien organisée au Palais de la découverte, mardi 24 mars a montré le fort attachement du public et de la communauté scientifique au Palais et à ses valeurs.
Un soutien qui s’est illustré par la présence de plus de 3 000 personnes, et de personnalités scientifiques, de la culture et des médias parmi lesquelles Alain Aspect, Sébastien Balibar, Michèle Casenave, Gilles Cohen-Tannoudji, Pierre Encrenaz, Anouk Grinberg, Denis Guedj, Jean Iliopoulos, Denis le Bihan, Bertrand Monthubert, Edwy Plenel, David Ruelle, Isabelle This Saint-Jean, Jacques Treiner, Jean-Didier Vincent, Wendelin Werner...
À l’issue de la soirée , une déclaration a été lue par Sébastien Balibar.
Pour renouveler votre soutien au Palais, signez cette déclaration et transmettez-la largement autour de vous
Déclaration du 24 mars 2009
Nous demandons solennellement au gouvernement qu’il renonce au projet de fusion du Palais de la Découverte avec la Cité des Sciences et de l’Industrie, et à toute mesure qui mettrait le Palais en danger. Nous demandons au contraire que le Palais soit soutenu dans son développement.
Nous demandons que le Palais puisse transmettre à tous les citoyens, la passion des sciences et le goût de la découverte, demain encore plus qu’aujourd’hui.
Nous serons extrêmement vigilants par rapport aux décisions que les pouvoirs publics prendraient dans les prochaines semaines.
Nous sommes absolument déterminés à ne pas laisser amputer, dissoudre ou détruire un trésor culturel qui appartient aux scientifiques, aux visiteurs, aux générations à venir.
Une flamme particulière souffle au Palais : c’est la passion de la science. Nous ne la laisserons pas s’éteindre.
Signez la pétition : http://www.sauvonslepalaisdeladecouverte.fr/
07 avril 2009
Education: le PS sort son "cahier noir" et prépare son propre projet
Harlem Désir, membre de la direction du PS et Bruno Julliard, secrétaire national PS à l'éducation, ont rendu public mardi un "cahier noir", dénonçant la politique "régressive" du gouvernement en matière d'éducation et annoncé un "grand débat" pour élaborer le projet PS.
"L'école publique est en danger et traverse une grave crise", a affirmé M. Désir, chargé de la coordination au PS, lors d'un point de presse.
Le PS a engagé un "travail de collecte d'information", "un état des lieux", pour "alerter les Français sur l'urgence de sauver l'école publique" et "lancer un débat ouvert sur l'éducation", a ajouté M. Julliard.
Dans un fascicule de 12 pages, intitulé "L'école en danger" -publié après un "livre noir" le mois dernier sur les atteintes aux "libertés publiques"-, le PS dénonce "l'orientation libérale et régressive du gouvernement qui atteint les fondements même du service public d'éducation".
"La plupart des mesures prises par le gouvernement ne se traduisent que par des régressions et des réductions drastiques de la dépense publique", visant à un "affaiblissement de l'école publique", souligne l'ancien président de l'Unef.
Dans cet état des lieux, M. Julliard énumère notamment la "suppression des Rased" (destinés aux élèves en difficulté), "les réformes des programmes dans le primaire, la réforme de la formation des enseignants, la semaine de 4 jours, le service minimum, la carte scolaire". "Tout converge vers un affaiblissement majeur du service public de l'éducation", selon lui.
Il dénonce "la redoutable cohérence idéologique de la politique éducative du gouvernement", fondée sur la "concurrence", la "réussite individuelle" et "l'école à deux vitesses", favorisant "l'école privée aux dépens de l'école publique".
Dans la perspective de 2012, le PS se donne pour objectif d'élaborer un projet socialiste de l'éducation. Il ne s'agit pas de se limiter à "des revendications catégorielles. Il faut une ambition plus importante", a-t-il dit.
Pour cela, le PS lance un "grand débat public autour de dix chantiers", comme la "réussite scolaire pour tous", la "société éducative", la petite enfance à l'école, le lycée, les métiers de l'Education, la laïcité, etc.
Il faut "au moins un année de travail" avec notamment les syndicats, les associations et les citoyens pour arriver à ce projet socialiste. Une convention nationale est prévue à l'issue de ces travaux pour l'entériner.
Téléchargez, l'école en danger : livretEcoleEnDanger
06 avril 2009
Conférence esprit public de Terra Nova
Terra Nova vous invite à une rencontre en mairie du 3e avec :
Laurent BOUVET
L’université française peut-elle rattraper son retard ?
Mercredi 8 avril 2009 à 19h

L’enseignement
supérieur est un enjeu majeur pour l’avenir de notre pays. La France a
accumulé un retard critique, quantitativement et qualitativement par
rapport à ses voisins européens. Comment, dans ces conditions, réformer
l'enseignement supérieur ? Comment en faire un outil de mobilité
sociale et de progrès économique ? Avec quels moyens ?
Comment s'y rendre ?
Mairie du IIIe arrondissement
2, rue Eugène Spüller - Entrée principale - salle Odette Pilpoul
Métros République (lignes 3, 5, 8, 9, 11) et Temple (ligne 3)
Mettre le diagnostic et les propositions d'action au cœur du débat public : tel est l'objectif que se fixent Terra Nova, la Revue Esprit et la mairie du IIIe arrondissement en renouant avec le cycle de conférences Esprit Public.
Universitaires, professionnels et hommes politiques viendront au cours du premier semestre 2009 pour débattre du fond, autour de sujets d'actualité : rôle et avenir des puissances américaine et européenne, réorientation du système économique et financier, propositions d'amélioration de notre système éducatif, clarification des liens entre pouvoirs et médias...
05 avril 2009
Barnier, député ou VRP ?
Quand l'UMP confond Europe et région...
Michel Barnier, pourtant censé bien connaître l'Europe - il a été commissaire européen de 1999 à 2004 - semble n'avoir pas bien saisi le rôle d'un député européen.
Ainsi, son programme pour les élections européennes de juin ne consiste-t-il qu'en un inventaire - quasi-exhaustif - des fonds européens que l'Ile-de-France pourrait mobiliser pour soutenir son propre développement ! Une liste certes intéressante, mais assez affligeante quand on pense que ce travail digne d'un stagiaire au conseil régional constitue le programme européen du parti au gouvernement... Barnier cherche-t-il à se faire élire député européen ou à être nommé directeur des relations avec l'UE au Conseil régional d'Ile-de-France ?
On se frotte ainsi les yeux de lire que Barnier et Dati veulent "mettre un terme à l’engorgement des transports en finançant un nouvel axe "Rocade Grande Vitesse Ile-de-France Sud" qui liera les lignes à grande vitesse de Massy et Valenton, sur financement de la BEI". Nos deux compères devraient pourtant savoir que la BEI (Banque Européenne d'Investissement) est complètement indépendante du Parlement européen... et qu'un tel chantier dépend de la Région et de l'Etat, non de l'Europe. Et ils devraient arrêter de faire croire aux électeurs franciliens qu'ils seront des super-VRP de l'Ile-de-France au Parlement : heureusement pour l'Europe, les députés ne sont pas censés s'occuper de leur petit bout de région, mais de l'intérêt général des peuples européens...
Mais
- et tant pis pour l'Europe ! - dans ce programme de l'UMP, les
véritables enjeux européens - l'action économique et sociale pour des
régulations européennes, la politique
énergétique et environnementale, le renforcement de l'Europe en tant
qu'acteur de taille sur la scène internationale... - sont complètement
passés à la trappe. Serait-ce pour ne pas avoir à revenir sur les
nombreux errements de la droite européenne - qui contrôle depuis 2004
le Parlement, le Conseil et la Commission - ou pour masquer le terrible
manque de vision européenne que l'UMP a à offrir aux Français ? Ou
alors Barnier cherche-t-il à démontrer qu'il s'intéresse à
l'Ile-de-France pour faire oublier qu'il y a été parachuté ? Peut-être
bien tout ça à la fois.
Article extrait du site www.lepost.fr
03 avril 2009
A quand la fin des hyper-privilèges ?
Les faits sont bien établis par une étude de
Camille Landais, économiste à l’Ecole
d’économie de Paris. Ils sont hélas
trop méconnus. Ces dernières années,
le revenu de l’immense majorité des
Français a quasiment stagné : entre 1998 et 2005,
90% des foyers, soit 31,5 millions de familles, ont vu leur revenu
croître de 0,6% par an seulement. Chaque mois, ces millions
de femmes, d’hommes et d’enfants vivent avec 1 500€ en moyenne. Parfois un peu plus. Souvent beaucoup moins.
De l’autre côté du miroir, les
très hauts revenus ont explosé. Les 3 500
contribuables les plus riches du pays (sur 35 millions de contribuables
aujourd’hui en France), ont connu des hausses de revenu de
43%. Chaque mois, ces familles gagnent en moyenne 125 000 €.
Parfois un peu moins. Souvent beaucoup plus.
Cette augmentation des inégalités vient
d’abord des inégalités de patrimoine.
Mais les inégalités salariales ne sont pas en
reste. Les 2 500 personnes les mieux payées de France,
notamment les chefs d’entreprises de très grands
groupes, ont vu leurs salaires augmenter de moitié entre
1998 et 2005. En comparaison, les 20 millions de travailleurs qui
représentent 90% de la population salariée,
n’ont eu droit qu’à 4% en huit ans.
La France connaît ainsi une évolution qui la
rapproche progressivement des pays anglo-saxons. Sommes-nous
sûr de le vouloir, au moment où le
libéralisme apporte l’ultime preuve de sa
toxicité ? En 2007, le Directeur
général de l’Oréal a
gagné plus de 250 fois le SMIC. Quelle compétence
peut, en dernier ressort, justifier ce niveau de
rémunération ? Les dirigeants de grandes
entreprises engagent-ils leur propre capital ? Non. S’agit-il
de la juste rémunération du risque pris par
l’entrepreneur ? Non plus.
Car il y a d’un côté les dirigeants de
PME. Ceux-ci engagent leur propre capital, ils sont souvent caution
personnelle et peuvent tout perdre du jour au lendemain. Et il y a de
l’autre les dirigeants d’entreprises
cotées au CAC 40. Ceux-là prennent des risques
avec un argent qui ne leur appartient pas. Ils sont
intéressés aux profits. Mais les pertes ne les
atteignent pas.
Demander la limitation de certaines
rémunérations, voire leur suppression
lorsqu’il s’agit des stock-options, ce
n’est donc pas crier au loup, clouer au pilori et vouer aux
gémonies. Ce n’est pas non plus céder
à la tentation de l’amalgame stérile,
celui du "tous pareils". C’est avoir le
sens de l’intérêt
général. C’est avoir la
lucidité d'admettre que le capitalisme
créé aujourd’hui les conditions de sa
propre perte. Apprenons au moins des échecs qui ont
plongé le monde dans la dépression.
De quoi s’agit-il au fond ?
D’abord de justice. On ne bâtit pas une
société harmonieuse sur des gouffres. Il
n’est pas de cohésion, il n’est pas de
conscience commune ou d’unité quand
l’inégalité des conditions de vie, les
privilèges, les prébendes créent des
castes.
D’efficacité ensuite. On ne peut laisser perdurer
des modes de rémunération qui conduisent les
dirigeants à prendre des risques incalculés, au
mépris de l’entreprise elle-même et de
ceux qui se dévouent sincèrement pour elle. Les
bonus bancaires et les stock-options privilégient
l’augmentation artificielle du cours des actions :
modération salariale pour les plus nombreux voire
licenciements boursiers pour gonfler une rentabilité de
façade ; versement de dividendes pour
l’actionnaire. Combien d’entreprises ont ainsi
préparé le terrain de leur échec ?
Alors on nous propose aujourd’hui un décret pour
limiter les rémunérations des dirigeants.
L’idée serait bonne si on avait
réellement eu la volonté d’attaquer le
mal à la racine. Il n’en est rien et je le
regrette : on offre quelques "retaillons" de
réforme pour faire oublier les connivences, en
espérant ainsi calmer la colère populaire. Trois
raisons me conduisent à déchirer le voile
d’illusion que certains tentent de tendre sous nos yeux :
• Le champ
d’application du décret d’abord,
qui se
limite aux sociétés dans lesquelles
l’Etat apporte des aides directes. Or les effets pervers et
les injustices liées aux versements de bonus, de
stock-options, de parachutes dorés et de retraites chapeaux
concernent évidemment un nombre bien plus
élevé d’entreprises,
d’ailleurs toutes aidées par l’Etat sous
forme d’allègement de cotisations sociales.
• Son objet
ensuite. Le
décret n’interdit que l’attribution
d’actions gratuites et de stock-options. Il se contente "d’encadrer" les bonus par des
recommandations sur les montants et les critères de
performances. Rien de sérieux sur les parachutes
dorés ou les retraites chapeaux.
• Sa
durée enfin. Le
décret, qui n’a par nature aucun effet
rétroactif, étend sa portée
jusqu’à fin 2010, comme si ce qui était
inacceptable aujourd’hui ne l’était plus
demain.
Ne l’oublions pas : la crise que nous traversons est celle
d’un libéralisme fondé sur
l’absence de règles et de contre-pouvoirs, sur les
privilèges qu’une minorité
s’est accordée à elle-même,
sur la recherche d’un profit à tout prix qui a
encouragé les spéculations les plus folles. Au
moment où il est question de "refondation du
capitalisme", une autre direction est plus que jamais
nécessaire. Celle-ci pourrait être
articulée autour de trois piliers :
• Proposer une
loi supprimant
purement et simplement les rémunérations en
actions gratuites et stock-options. Pour les start-ups, le
système de Bons de Souscription d’Actions serait
maintenu et développé de manière
à favoriser la création et l’innovation.
• Instaurer de
véritables contrepouvoirs salariaux au sein des entreprises.
On nous a présenté la transparence comme une
nouvelle panacée. Mais que vaut la transparence
lorsqu’elle devient source d’un alignement par le
haut, lorsqu’un dirigeant, voyant les droits que
s’octroie son voisin, décide de suivre et dit "banco" ? Ce qu’il faut,
c’est donner enfin aux salariés la
possibilité d’être
représentés, par exemple à hauteur de
30% dans les conseils d’administration des entreprises.
• Abroger le
bouclier fiscal,
qui encourage tous les excès, et poser l’acte
d’une véritable révolution fiscale.
Les
800 personnes qui, en 2008, ont
bénéficié d’un
chèque de 368 000€ sont celles qui jouissent
déjà des rémunérations les
plus élevées. Cette "double prime" est d’autant plus révoltante que la
progressivité de l’impôt est
déjà rognée par les 500 niches
fiscales qui existent dans notre pays.
Face au sentiment de révolte qui monte aujourd’hui
de partout, nous proposons une révolution pacifique,
fondée sur la justice et le respect de ceux qui, victimes de
la crise, s’exaspèrent de voir une
minorité cumuler les privilèges. Plus que jamais
nous attendons de ceux qui nous gouvernent de l’ordre juste,
de l’exemplarité et un sens aigu des
responsabilités.
Amitiés,
Ségolène
Royal
Téléchargez la note : htrev




