26 septembre 2008
Retour à l'Etat providence
Aussi loin que je m'en souvienne, dans mes cours d'économie, l'Etat providence semblait être une utopie prônée par la Gauche. Il faut dire que je suis de celles qui étaient de la génération Mitterrand, de celles qui ont eu la chance de connaître des gouvernements de Gauche.
Depuis 2002, la droite au pouvoir brise le contrat social de la République et dans ce cadre tous les coups semblent permis ! Le MEDEF est aux anges, les charges partonales sont allégées, le Président dans sa grandeur d'âme a fait un cadeau fiscal de 14 milliards d'euros à ses amis qui avaient contribué pour une large part à sa réussite... bref spéculation, capitalisme décomplexé, réformes... tels étaient les leitmotivs du président bling bling avec un peu de people pour les gogos !
Aujourd'hui, retour de manivelle ! la crise économique nous rappelle que la spéculation financière s'est jouée sur du sable et notre leader ne trouve rien dans ses caisses pour tenter de relancer la machine de la croissance par la consommation. Sa réponse : clouer au pilori ceux qu'il encensait hier encore ! Remettre de l'ordre et en finir avec la spéculation, trouver les coupables pour pouvoir se cacher derrière et surtout ne pas affronter le fait que c'est la politique qu'il nous impose qui nous a conduit dans le mur.
La pauvreté augmente même pour ceux qui ont un emploi, le chômage est reparti à la hausse, le pouvoir d'achat est en berne et les belles promesses de campagne du candidat Sarkozy ne sont plus que de lointaines chimères.
Et que fait le Parti Socialiste ??? Face à cela il reste inaudible et s'épuise en vaines querelles pour savoir qui sera kalife à la place du kalife... spectacle affligeant s'il en est. Heureusement, exclue de ce parti où j'ai fait mes classes durant plus de 20 ans, je ne me sens pas responsable du carnage mais il serait plus que temps que ce dernier se remue et donne un souffle d'espoir à une France en pleine dépression.
A bon entendeur !
22 septembre 2008
Miel toutes fleurs du bitume
Ville. Sur les traces d’Olivier Darné, artiste et apiculteur urbain.
A Paris, Saint-Denis ou Marseille, sur les toits, dans les jardins, et désormais dans des ruches conceptuelles, le miel s’urbanise et conquiert les trottoirs. Olivier Darné, apiculteur punk et poétique, se définit comme un "graphiculteur" (le graphisme étant son premier métier), qui élève "des abeilles et des images". Cet artiste tout en douceur pressée essaime des pollinisateurs urbains - en l’occurrence des containers contenant des ruches - sur le parvis du théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, au parc de la Villette, à Montreuil, au Blanc-Mesnil ou à Fontenay-sous-Bois - où tout a commencé en 2002.
Folles. L’abeille de Paris s’adapte à toutes les facéties du graphiculteur. La preuve dans le «luneur» de La Villette. Ce container réaménagé en micro-habitation accueille des dormeurs en mal de dards. Contre 60 euros, un couple peut se butiner au milieu d’un meuble-ruche tandis que des abeilles entrent et sortent par un conduit pour besogner les pistils alentour. Que les allergiques se rassurent, l’abeille et l’homme n’entrent qu’en contact visuel. Que pensent les abeilles de la ville ? Probablement le plus grand bien puisqu’elles bossent comme des folles et produisent plus de miel que dans une modeste campagne. Dans son cas, Darné peut récolter jusqu’à 70 kilos dans une ruche, "contre 20 kilos dans une ruche traditionnelle en Bourgogne", souligne-t-il. A Paris, comme ailleurs, chaque abeille couvre 3 000 hectares, et une ruche compte 80 000 ouvrières. Entre ses ruches sur le toit de la mairie de Saint-Denis et celles du square de la porte de Montreuil, Darné gère au total plusieurs millions d’abeilles. Contre toute attente, le miel urbain est riche. Mieux, il est béton (1). Comprendre que ses facultés organoleptiques sont plus qu’honorables : 200 pollens dans le miel garanti 100% soleil de Saint-Denis contre une trentaine à la campagne. La biodiversité obligée de nos parcs et jardins fait l’affaire des inlassables butineuses, lesquelles collectent leurs précieux pollens de mars à octobre. Quant au miel, il est si riche de saveurs qu’il sature la langue.
Salariés. "Le projet artistique est en partie financé par les abeilles", précise Olivier Darné. On ne sait pas à quelle hauteur tant la question de l’ar(t)gent hérisse le graphiculteur. Son parti poétique salarie quatre personnes grâce aux subventions de la Drac, de la ville de Paris, de Saint-Denis et d’ailleurs.Il ne serait pas le premier à vivre sur le dos des abeilles. A la différence que Darné partage, il convie les habitants à "goûter leur quartier" lors de savants "partages de butin". Du sperme de fleur tout comme le miel sont ainsi distribués dans la rue lors "d’apéroruches" savoureux.
(1) le "miel béton" est vendu 4 € le pot. www.parti-poetique.org
19 septembre 2008
Darcos : Communiqué du Parti Socialiste
Le Parti socialiste dénonce et condamne les propos inacceptables et outranciers de Xavier Darcos contre les enseignants de l’école maternelle. Il s'inquiète des véritables intentions du gouvernement que traduit cette véritable mise en cause du bien-fondé de l'accueil éducatif des jeunes enfants ; mise en cause corroborée par les déclarations du porte-parole de l'UMP ce 18 septembre qui se pose des questions sur le "rapport coût/efficacité du système de scolarisation des enfants entre 2 et 3 ans".
Les propos du ministre de l'Enseignement traduisent à la fois un profond mépris et une totale ignorance du rôle irremplaçable de la maternelle dans notre système éducatif :
- mépris pour des enseignants qui, au quotidien, s’attachent avec un grand professionnalisme à assurer l’entrée des jeunes enfants dans les apprentissages ;
- ignorance totale du rôle majeur que joue l’école maternelle dans la lutte contre les inégalités, dans la prévention des difficultés scolaires et dans la détection de certains handicaps.
Aujourd'hui, ce sont 40.000 élèves à la porte de l'école alors qu'ils auraient pu être scolarisés si le ministre n’avait pas délibérément supprimé des postes depuis trois ans et fait de la maternelle une variable d’ajustement de la carte scolaire. Le Parti socialiste demande solennellement au ministre Darcos de clarifier ses intentions quant à la remise en cause de l'accueil des jeunes enfants et de retirer ses propos blessants contre l’école maternelle en présentant ses excuses aux professeurs des écoles.
Pour les socialistes, l’école maternelle française reste un véritable lieu d’éducation, de socialisation, de construction de la citoyenneté, fondée sur les valeurs de solidarité, d’égalité, de responsabilité, s’attachant à permettre à chaque enfant de développer le maximum de ses potentialités, de construire ses connaissances et ses apprentissages. C’est en ce sens que l’école maternelle participe de manière effective à la démocratisation de la réussite scolaire et qu’elle doit trouver toute sa place au cœur du projet éducatif de notre société.
18 septembre 2008
Darcos, derrière la polémique une ambition : supprimer l'école maternelle
http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2008/08Rentree_elem_Darcos.aspx
Ca se passe de commentaire et ça s'en serait presque risible si derrière ce message insultant pour les personnels de l'Education Nationale ne se cachait pas la vraie ambition déclarée de Nicolas Sarkozy de supprimer l'école maternelle pour en faire un jardin d'enfants.
Alors que dans nos villes de banlieue, chacun a tenté de faire des efforts pour accueillir au plus tôt les enfants au sein de l'école, favorisant l'entrée dès 2 ans en école maternelle des petits chérubins et ainsi leur donnant un temps complémentaire qui leur permettait d'acquérir des savoirs dans de meilleures conditions, le Président de la République cherche à s'attaquer à cette exception française qu'est la maternelle.
Quant on connaît le travail exceptionnel réalisé par l'ensemble de la communauté éducative (enseignants, personnels ATSEM) auprès des enfants, on ne peut se sentir que révolter par de tels objectifs qui visent à faire faire des économies à l'Etat reportant sur les collectivités via des "jardins d'enfants" le poids financier et la responsablité de la prise en charge des enfants.
AFFLIGEANT !!!
Le PS est-il nul ?
Pas de chef, pas de projet, pas d'alliés
Nombrilistes, impuissants, plus divisés que jamais : les socialistes français sont-ils en passe de devenir les plus bêtes du monde ? Le drame, c'est que pris un à un ses dirigeants sont lucides mais que, collectivement, ils deviennent stupides. Coincés entre Besancenot et Bayrou, incapables d'offrir une alternative au sarkozysme, ils pourraient bien cette fois ne pas se relever de cette crise qui vient de loin et qui est tout sauf un accident de l'histoire. Peuvent-ils encore s'en sortir ?
Il y a quelque chose de suicidaire dans cette course folle vers le précipice. Les socialistes forment un curieux troupeau. Pris un à un, ils sont lucides. Collectivement ils deviennent stupides. François Hollande, leur premier secrétaire pour quelques semaines encore, n'est pas resté pour rien onze ans à la direction de ce parti sans tête. L'année dernière, dans le courant de l'été, des photographes l'avaient surpris, affalé sur un matelas pneumatique, en train de potasser "l'Histoire de France pour les nuls". Le week-end dernier, seul, les mains dans les poches, il est venu raconter avec brio, devant les Gracques, réunis en colloque, la nullité d'une histoire d'un parti, sans leader, sans alliés, sans projet et surtout privé des mécanismes internes capables d'inverser la tendance.
Faiblesse d'un homme à l'intelligence trop subtile pour ne pas être stérile ? Le procès n'est pas nouveau. Il n'ira pas très loin. Non pas que le premier secrétaire soit, par principe, intouchable. Mais parce qu'à chaque épisode de la longue décomposition socialiste ses successeurs potentiels démontrent, sinon les mêmes travers, du moins de semblables faiblesses. Dans le cimetière des éléphants, on entre désormais de plus en plus jeune. Il suffit pour cela de mettre un pied Rue-de-Solférino, cette grande maison vide devenue mortifère. Quiconque tente de la conquérir est immédiatement foudroyé. Laurent Fabius, à force de camper devant sa porte, y a gâché son talent. Martine Aubry, après une cure de jouvence lilloise qui aurait dû la ressourcer, a largué ses grands principes, le jour même où elle s'est engagée sur le chemin de la guerre. Bertrand Delanoë et Ségolène Royal perdent des plumes chaque fois qu'ils s'approchent du siège national du PS, sans pourtant résister à l'attraction délétère qu'il exerce sur eux. Les jeunes rénovateurs, tels Pierre Moscovici ou Manuel Valls, se sont brûlé les ailes aussi vite qu'ils avaient publié, au printemps, les libelles assassins sur les erreurs de leurs pères. Ils voulaient refonder le PS. On les retrouve aujourd'hui dans le sillage des barons locaux de Lyon et de Marseille, bientôt signataires d'une motion qui porte bien mal son nom : "Ligne claire".
Fin d'un règne hollandais, trop long et trop mou, trop plein de "petites blagues", comme dit si bien Fabius ? Fin d'un cycle, plutôt. En novembre prochain, le PS aura, quoi qu'il arrive, un nouveau premier secrétaire, et il pourra toujours s'enorgueillir d'une force militante, inégalée à gauche et d'un réseau d'élus d'une rare puissance. Depuis les élections municipales du printemps 2008, trois Français sur cinq habitent dans une ville administrée par la gauche. Du jamais-vu ! Et pourtant, qui peut encore douter que ce colosse-là ait désormais des pieds d'argile. Dans le système de la Ve République, tout passe par l'élection du président au suffrage universel. Les socialistes se sont longtemps crus intouchables parce qu'ils avaient le monopole, à gauche, de la production de présidentiables crédibles. C'était une illusion - une de plus ! - que François Mitterrand avait ancrée dans leurs esprits. Mais, au moins, ça leur donnait confiance. Le voile s'est déchiré le 21 avril 2002. Les socialistes ne s'en sont jamais remis.
En politique, il y a des erreurs d'analyse qui sont la marque d'une cécité, qui est elle-même le signe d'une paresse intellectuelle. Ce sont des fautes professionnelles. Ce sont les pires. Les dirigeants du PS ont confondu rupture et parenthèse. Il y a plus de vingt ans que ça dure. Dans ce genre d'aventure, il faut toujours revenir à la faute originelle. En 1983, lors du grand tournant de la rigueur, sous contrainte européenne, les éléphants n'ont pas voulu reconnaître que le logiciel qui les avait portés au pouvoir était précisé ment celui qui les emmenait dans le mur. La suite est celle d'une résignation. On s'adaptait. Sans passion. Mais on n'inventait rien. Bref, on ne gérait plus que des cycles avec l'espoir, à courte vue, que l'habileté politique viendrait maquiller cette lente faillite idéologique.
Fin du cycle Mitterrand, lors des législatives en 1993, ce désastre autant électoral que moral. Début du cycle Jospin, dont la présence au second tour de la présidentielle de 1995 apparaît comme une divine surprise aux allures de défaite régénératrice. Puis est venu le tremblement de terre de 2002. La machine PS a survécu, tant bien que mal. Elle était désormais sans tête mais elle continuait à courir, et même à gagner toutes les élections locales. C'est le propre des héritiers de dilapider le capital. Pourquoi pas moi... Et si c'était lui ? Et si c'était elle ? Cette douce illusion a nourri des comportements irresponsables. Aujourd'hui, c'est le temps des vraies factures. La grande panne du PS n'est pas un accident de l'histoire. S'il faut s'étonner, c'est qu'elle arrive si tard.
Au cours de ces dernières années, les socialistes se sont fait voler deux talismans. Celui de la révolte. D'où le phénomène Besancenot. Celui du monopole de l'alternance possible au pouvoir de la droite, à l'occasion d'un scrutin présidentiel. D'où la percée de Bayrou. Ces deux hommes animent des partis évanescents. Ils sont dans la posture. En cela, ils sont à la fois des révélateurs et des tueurs implacables. Ils occupent l'espace que le PS leur a abandonné d'autant plus aisément qu'il a brisé un troisième talisman, celui-là essentiel : l'unité. La faute de Jospin est d'avoir prétendu en 1983, alors qu'il était le premier secrétaire du parti, que la rigueur n'était qu'une parenthèse. Celle de Hollande est d'avoir feint de confondre rassemblement et synthèse. Son optimisme naturel lui fait croire que tout finirait bien par s'arranger. Les deux clarifications des années 2002-2008 ont été le référendum interne sur la Constitution européenne et la primaire de désignation du candidat socialiste à la présidentielle. A chaque fois, le verdict militant a été sans appel. Le oui l'a emporté aussi nettement que Ségolène Royal. Ni l'un ni l'autre n'ont été respectés.
Un parti politique peut-il vivre longtemps lorsque sa tête est vide et que ses arbitres ne sont plus obéis ? Dans l'histoire du PS, d'autres congrès se sont déroulés dans un climat de violence, sur fond de cliquetis d'armes et de jeux tactiques, qui laisseraient pantois les artificiers de Reims. En 1971, le congrès fondateur d'Epinay fut une sorte de coup d'Etat rassemblant autour de Mitterrand des forces aussi disparates qu'antagonistes. Mais cette opération était soutenue par une vision stratégique : l'union de la gauche. En 1979, le congrès de Metz fut l'occasion d'un choc de deux ambitions rivales. Mais l'opinion de gauche comprenait malgré tout qu'il portait un débat qui n'était pas mineur entre le mitterrandisme de rupture et la seconde gauche rocardienne. En 1990, le congrès de Rennes a laissé le souvenir d'une simple bagarre d'héritage, sans principes ni projet. Mais, au bord du gouffre, il y avait encore au sommet de l'Etat un chef capable d'imposer un semblant d'armistice.
Reims, si tout continue comme cela a commencé, risque d'être Epinay, Metz et Rennes à la fois. Sans ce qui les a sauvés : une stratégie, un projet et un leader. La carte des motions, annoncée pour le 22 septembre, aurait pu recouvrir celles des partisans et des adversaires de l'alliance au centre. On en est loin puisque, dans tous les principaux courants qui s'affrontent, il y a des élus qui aux municipales ont passé des accords avec le MoDem. Quand on les lit de près, l'ensemble des textes bientôt proposés aux militants reste dans l'épure de la nouvelle déclaration de principes du PS (ouvertement sociale-démocrate), rédigée avant l'été. Et pour cause ! Elle a été votée à l'unanimité. Lorsque enfin on observe la situation des présidentiables, on voit bien qu'aucun ne se détache nettement et que, si l'un d'entre eux, par miracle, doit s'installer dans le fauteuil de Hollande, ce sera au prix de tels compromis et de tels arrangements que son autorité sera d'emblée celle d'un primus inter pares.
Reims, ce prétendu moment de vérité, s'annonce donc comme un feu d'artifice. Dans tous les sens du terme. Sa vraie marque est celle de l'insincérité qui est le défaut capital du PS. Cette machine impuissante ne sait plus arbitrer entre ses rivalités internes. Mais, plus grave encore, elle affronte, sans ressorts ni procédures, une immense question qui taraude toutes les gauches européennes, depuis quelques années. Les opinions occidentales ont cessé de croire que les partis progressistes pouvaient les protéger. Le désir d'ordre et de sécurité les percute de plein fouet. Le vieux logiciel social-démocrate est désormais obsolète. Le projet social-libéral que le PS a snobé quand il était encore dynamique ne parvient même plus à enrayer ce glissement à droite. Derrière tout cela, il y a la grande sécession des couches populaires qui prive la gauche de ses bases électorales traditionnelles. Abstention, tentation extrémiste, séduction des projets de style bonapartiste (Sarkozy, Berlusconi...). Les formules gagnantes dans les urnes ne sont plus celles qui lui ont permis d'appliquer, au gouvernement, son projet réformiste. L'équation française, en ce sens, cumule un échec et une impasse. A court terme, cela laisse peu de chances au PS. Elle ouvre, en revanche, la voie à ceux qui, dans sa périphérie, auront l'énergie, le talent et la patience d'inventer le plus difficile : le neuf et le gagnant, en même temps.
François Bazin - Le Nouvel Observateur
Les sept plaies de Solférino
LE SCEPTICISME. En abandonnant ses oripeaux révolutionnaires pour devenir un parti réformiste, le PS a opéré une clarification nécessaire. Mais il se trouve handicapé : privé de son supplément d'âme, il ne fait plus rêver, ni les Français ni les socialistes eux-mêmes ! A quoi croient-ils ? Que comptent-ils faire ? Faute d'idéal, ils se réfugient dans des programmes catalogues de moins en moins politiques, de plus en plus techniques. La Redoute a remplacé "le Capital". Pas de quoi enthousiasmer !
L'INDIVIDUALISME. Moi d'abord, socialiste après... C'est aujourd'hui l'axiome de base au PS. Chacun fait ce qui lui plaît pour asseoir son pouvoir local ou travailler son image. Les prises de position ne répondent plus qu'à un objectif : est-ce que c'est bon pour moi, au final ? On s'épie, on se guette, on se marque à la culotte. La tactique est devenue un art. C'est aussi une infirmité.
LA PARESSE. Les socialistes travaillent-ils ? Oui, dans leurs villes, leurs régions ou encore à l'Assemblée... Dans leur parti, en revanche, c'est une autre affaire. La production intellectuelle n'est plus valorisée. A quoi bon s'embêter à rédiger un rapport ou à organiser un colloque quand quelques déclarations fracassantes suffisent pour exister ? Résultat, on fait semblant : trois petites demi-journées ont ainsi suffi au PS cette année pour repenser son rapport à la nation, à l'individu et au marché...
L'AUTISME. Les socialistes parlent aux socialistes et pas aux Français. Rejetés dans les urnes aux trois dernières élections présidentielles, le PS semble incapable d'appréhender la réalité sociale du pays. A qui s'adresser ? Au salariat ? Aux couches populaires ? Aux couches moyennes ? Les vieux discours du "front de classe" ne fonctionnent plus dans une société fragmentée. Tous le savent, mais personne n'a encore trouvé par quoi les remplacer.
L'INDISCIPLINE. Où finit le débat, où commence la division ? Les socialistes sont bien incapables d'y répondre. Dans la plupart des organisations démocratiques, c'est le vote qui permet de trancher. Pas au PS, où la liberté de conscience permet de s'affranchir de la délibération collective. Sans grand risque. S'il punit les contrevenants, le PS passe pour un parti sectaire. S'il laisse faire, on fustige son laxisme.
L'IMPUISSANCE. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, les socialistes sont déboussolés. L'ouverture, les réformes... Ils sont tombés dans presque tous les pièges que leur a tendus le président de la République. Comment s'opposer ? Le dilemme reste entier : les Français leur reprochent à la fois leur mollesse et leur systématisme. Et si le PS prenait le problème à l'envers en commençant par proposer ?
L'IMMOBILISME. Apparatchik un jour, apparatchik toujours ! Le PS peine autant à renouveler ses visages que ses idées. Le cumul des mandats, le vieux précepte mitterrandien des "défaites prometteuses", le poids des ancrages locaux verrouillent le jeu. Tant pis pour les petits nouveaux, tant pis aussi pour la diversité. Les rares jeunes qui grimpent dans l'appareil sont souvent d'anciens collaborateurs parlementaires ou syndicalistes étudiants. Pas toujours les plus aptes à rénover !
Matthieu Croissandeau - Le Nouvel Observateur du 18/09/2008.
11 septembre 2008
Changement de Culture
Par Patrick BLOCHE, Député PS de Paris, Maire du 11e arrondissement
Effet de levier, performance et rentabilité. Voilà des termes que l’on s’attend à trouver dans le rapport financier d’une entreprise rendant des comptes à ses actionnaires ou bien encore dans la présentation d’un plan de “réduction des coûts” voire, dans un langage plus feutré, de “rationalisation des structures”. Il est plus curieux, en revanche, de les découvrir dans un document présentant les réformes à venir en matière de politiques publiques ; et plus curieux encore quand les reformes en question portent sur le domaine de la Culture.
Le 11 juin dernier, lors du troisième Conseil de modernisation des politiques publiques ont été actées, dans le cadre de la Révision Générale des Politiques Publiques, les différentes mesures concernant le Ministère de la Culture et de la Communication. L’objectif annoncé est de “recentrer le Ministère sur ses enjeux prioritaires en rénovant ses modes d’intervention”.
Pour justifier les mesures prises, le gouvernement défend le constat que les politiques culturelles menées depuis 50 ans ont atteint leurs limites. Deux éléments majeurs viennent étayer ce diagnostic. Tout d’abord, les déboires apparemment constatés d’une politique de démocratisation culturelle fondée sur “ la conviction que de l’élargissement de l’offre viendrait également celle des publics ”. Le gouvernement estime, dans un second temps, qu’il existe un “décalage entre les politiques culturelles et les pratiques et les attentes exprimées par les Français”. Un profond bouleversement de l’administration de la Culture s’imposerait donc afin de la faire passer d’une “administration de gestion ” à une “administration stratégique ”.
Sans entrer dans le détail des mesures qui ont été actées, et qui laissent d’ailleurs planer un grand nombre d’interrogations (réorganisation de l’administration centrale, réforme des DRAC, modalités d’intervention et de soutien en faveur du spectacle vivant,…), c’est bien l’esprit qui préside à ce bouleversement qui doit, en tout premier lieu, nous interpeller. Que se cache-t-il en effet derrière une réforme qui entend, dans un style qui conviendrait idéalement à un ouvrage de gestion, procéder à “la rationalisation des fonctions support et transversales (qui) permettra également de redéployer une partie des moyens et des compétences en faveur de l’expertise métier ” ? Quels sont les fondements d’une réforme qui entend “veiller à ce que les interventions soient mieux orientées pour maximiser leur effet de levier sur la création ” ?
Il s’agit de regarder les choses en face. La Réforme Générale des Politiques Publiques marque bien l’effacement d’une politique de la Culture au profit d’une culture politique, celle du résultat, de la rentabilité et de la performance. Entendons-nous bien : il n’y a rien de choquant – au contraire ! – à ce que l’Etat promeuve une gestion rigoureuse de ses ressources. Il ne s’agit bien évidemment pas de plaider pour un gaspillage de l’argent public. Ce n’est pas la question de la bonne gestion – moyen de conduire une politique – mais bien celle de la rentabilité – finalité d’une politique – qui est préoccupante.
Dès à présent, la Culture est sommée d’être rentable. Au Ministère de la Culture et de la Communication est ainsi attribuée une mission inédite : soutenir ce qui marche, c’est-à-dire ce que le marché apprécie, ce que veut le consommateur plutôt que ce que pourrait apprécier le citoyen. Cette nouvelle mission trahit à la fois un renoncement et également un renversement de perspective. Si la Culture est perçue comme un marché, comme la rencontre d’une offre et d’une demande, la démocratisation culturelle, comme l’entend le gouvernement, consiste dès lors à favoriser une offre répondant aux attentes du public. Le citoyen n’est plus celui que l’action de l’Etat pourrait éclairer dans ses choix ; il se rapproche plus d’un consommateur qui exprime des demandes auxquelles l’Etat se contente de répondre, alors que c’est également son rôle de favoriser la découverte, l’émergence, la création.
La Réforme Générale des Politiques Publiques s’accompagne également de la mise en place d’indicateurs de performance. Parmi les plus significatifs l’on trouve : l’évolution de la fréquentation des musées, l’évolution du nombre de fichiers audio et vidéo piratés sur Internet, la part de marché des films français ou des transactions mondiales du marché de l'art réalisées en France ou encore le volume d'exportation des produits culturels. Ces indicateurs, mis en place dans l’urgence, majoritairement du fait de l’intervention de cabinets de consultants, ne collent pas à la réalité de la mission du Ministère de la Culture et de la Communication. Ils réduisent l'appréciation de la politique culturelle à une simple évaluation de «parts de marchés», à une approche purement quantitative. Et la quantité seule ne suffit pas. Les critères d’évaluation devraient nécessairement – et majoritairement – intégrer des aspects qualitatifs.
Au delà, c’est la question des critères de performance qui doit être posée. Un ministère tel que celui de la Culture peut-il véritablement reposer sur une mesure de la performance ? La Culture n’est-elle pas un domaine se prêtant bien moins que d’autres à une approche de ce type ?
En instituant des critères de rentabilité dans le champ du culturel, l’Etat renonce délibérément à son rôle de mécène. En effet, la Culture n’est plus regardée comme un domaine particulier de l’intervention de l’Etat. Cette mutation constitue de fait une vraie rupture historique et la fin d’un consensus politique, en France, entre la droite et la gauche. Cette fin de l’Etat comme protecteur des arts est une donnée qui va bouleverser la vie culturelle française. Ce changement de culture politique est en effet un changement dans notre Culture.
10 septembre 2008
On achève bien l'école publique, par Caroline Fourest
Les partisans de l'école privée peuvent se réjouir. Tous ceux qui préfèrent la séparation de l'école et de l'Etat à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, qu'ils soient ultracatholiques ou ultralibéraux, ou ultra-les deux, peuvent savourer leur victoire. La guerre scolaire est presque terminée. Et ils ont gagné.
Le ver était dans le fruit depuis l'accommodement Debré de 1959, lorsque l'Etat a permis à l'école privée d'avoir le beurre et l'argent du beurre : le pouvoir de concurrencer l'école publique par la sélection et le soutien financier de l'Etat pour le faire. L'avancée de la démocratisation scolaire a rendu cette concurrence de plus en plus déloyale. Avec un objectif de 80% au bac, des enfants venant de milieux sociaux défavorisés et des classes surchargées, l'école publique s'est mise à ramer. Pour sauver le niveau, il aurait fallu augmenter le taux d'encadrement et faire baisser le nombre d'élèves par classe. Notamment dans les ZEP. Mais les budgets n'ont pas été à la hauteur des promesses. Au lieu de concentrer ses moyens au service de l'école publique, l'Etat a gaspillé sa marge de manoeuvre en augmentant les crédits alloués à l'école privée. Les vannes sont grandes ouvertes depuis 2004, date à laquelle les collectivités locales ont obtenu le droit de financer sans limites les établissements privés. Les régions de gauche ne sont pas en reste. Alors qu'il existe toujours plus de 500 communes sans école publique, l'Etat et les collectivités financent quasiment à parité la scolarisation d'un élève dans le privé et dans le public. Cela s'appelle déshabiller le public pour mieux habiller le privé.
Pendant ce temps, l'école publique coule. Loin de lui porter secours, l'actuel gouvernement instrumentalise certaines critiques constructives pour en faire le procès idéologique, ce qui semble justifier de la regarder se noyer. L'Etat pourrait profiter du tassement de certaines classes d'âge pour faire baisser le nombre d'élèves par classe, mais il préfère baisser le nombre de professeurs. Résultat, les classes resteront surchargées. Notamment dans les quartiers populaires, où les proviseurs disent pourtant manquer de personnel encadrant. En guise de réponse, le "plan banlieue" prévoit de financer la création de 50 classes confiées à l'école privée, essentiellement catholique. "Jamais l'Etat n'avait autant organisé la concurrence de son propre service public", commente Eddy Khaldi, syndicaliste et enseignant. Il s'apprête à publier un livre qui devrait agiter la rentrée, Main basse sur l'école publique, cosigné avec Muriel Fitoussi (Demopolis). Fouillé et documenté, il retrace de façon parfois glaçante la montée en puissance du lobbying en faveur de l'école privée ; lequel est parvenu à placer des alliés au plus haut niveau des rectorats, de l'Etat, et même de l'éducation nationale, grâce à des réseaux comme Enseignement et liberté, Créateurs d'écoles ou SOS Education. A l'image de deux directeurs de cabinet du ministre de l'éducation nationale sous Edouard Balladur, Guy Bourgeois et Xavier Darcos.
Conformément à la stratégie définie par Créateurs d'école, dont il fut l'un des membres fondateurs, l'actuel ministre de l'éducation nationale ne veut pas de guerre frontale avec l'école publique, mais une "révolution de velours". Juste assez de velours pour éviter une contre-offensive syndicale. Et ce qu'il faut de détermination pour faire avancer sa révolution, ou plutôt sa contre-révolution. Les grèves ne devraient plus être un problème grâce au service minimum, mis en place après un sondage privé décrétant que les Français y sont plutôt favorables... Une enquête opportunément commandée et financée par SOS Education. Avec ce joker, le ministre a les coudées libres. Mais, de toute façon, le plus dur est fait : la suppression de 11 000 postes de professeur dès cette année, 44 000 en quatre ans si ça continue à ce rythme, l'autonomisation des universités, la multiplication des partenariats privé-public, la déréglementation de la carte scolaire... Tout est passé comme une lettre à la poste. Y compris cette confidence d'Emmanuelle Mignon, conseillère du président de la République, rapportée par un journaliste en 2004 : "Je suis pour une privatisation totale de l'éducation nationale." Pourquoi se gêner ?
Dans les cénacles de l'école privée, on prépare déjà la suite : le "chèque éducation", grâce auquel chaque élève recevra directement l'aide de l'Etat pour choisir de s'inscrire dans le privé ou dans le public. Une idée empruntée au modèle anglo-saxon, qui a fait les beaux jours des écoles privées religieuses. Est-ce bien rassurant pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble ? Jusqu'ici, l'école confessionnelle sous contrat donne le sentiment de vouloir privilégier l'enseignement au prosélytisme. Mais les temps changent. L'Eglise, qui confie de plus en plus ses missions éducatives à des courants comme l'Opus Dei ou la Légion du christ, milite pour accentuer le "caractère propre", c'est-à-dire le caractère catholique, de ses écoles. Les autres religions ne sont pas en reste. A quoi ressemblera le vivre-ensemble quand un nombre grandissant d'élèves français aura fait ses classes dans des écoles tenues par l'Opus Dei, les Frères musulmans ou les loubavitchs ? C'est à cela que devraient penser ceux qui, à droite comme à gauche, dénoncent volontiers le repli communautaire, mais n'ont aucun courage quand il s'agit de gouverner. Au mépris de cette évidence : l'Etat n'a pas les moyens de favoriser la privatisation et la confessionnalisation de l'enseignement au détriment de son école.
Caroline Fourest est essayiste et rédactrice en chef de la revue "ProChoix"
Deux Pièces Cuisine en travaux
Comme vous le savez, le Deux Pièces Cuisine sera fermé pour cause de travaux d'agrandissement pour une durée d'environ un an. Il propose aux groupes désireux de répéter de contacter les studios membres du réseau MAAD93 dont voici la liste et les coordonnées :
Le CAP
56 rue Auguste Renoir - 93600 Aulnay sous Bois - Tél. : 01 48 66 92 29
Courriel : lecap@aulnay-sous-bois.com
La Pêche Café
16 rue Pépin - 93100 Montreuil - Tél. : 01 48 70 69 65/66
www.lapechecafe.com
Canal 93
63 ave Jean Jaurès - 93000 Bobigny - Tél. : 01 49 91 10 50
regiestudio@canal93.net - www.canal93.net
CECB
1 rue des jardins - 93350 Le Bourget - Tél. : 01 48 35 38 21
Courriel : cecbsdj@free.fr
Studios John Lennon (OMJA)
27 bis rue Lopez et Jules Martin - 93300 Aubervilliers - Tél. : 01 48 34 42 13
www.omja.com
Salle des Malassis
(Direction du Développement Culturel de Bagnolet)
Centre de quartier Pablo Néruda - 36 rue Pierre et Marie Curie - 93170 Bagnolet - Tél. : 01 48 97 24 80
Les concerts, résidences, actions culturelles, pôle ressources sont bien évidemment maintenus. Pour les détails : www.deuxpiecescuisine.net
Vous trouverez aussi l’évolution des travaux (Travoscope), les horaires des cours(Pôle de ressources), les petites annonces et les liens vers les blogs et myspace habituels.
Retour de Pralognan
Après quelques jours de vacances ensoleillés passés dans le Parc de la Vanoise avec les marmottes, me voici de retour pour une rentrée qui pourrait s'agiter.
En effet, les recours déposés devant le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise en annulation des élections municipales au Blanc-Mesnil seront étudiés en audience le 7 octobre prochain. Si pour les victimes, le temps semble toujours trop long, ce temps est nécessaire afin que la Justice se fasse dans la sérenité, loin de la passion et de l'émotion. A suivre donc.
Les permanences ont repris à la section de la Gauche Socialiste du Blanc-Mesnil depuis le 4 septembre dernier et vous pouvez y retrouver vos hebdomadaires, "Jour de Marché" et "C'est Samedi !".




